Pourquoi l’économie numérique est-elle en dehors des radars des politiques économiques ?

by Christian on 8 mars, 2013

Le numérique : programmes, réseau et données.

Il apparaît aujourd’hui évident que les enjeux du numérique s’articulent autour des données. Si l’on parle d’ingénierie numérique, il faut donc dire qu’il s’agit du Stockage, du Traitement et du Transfert des données (data). Dans les « Computer Sciences », ce focus sur les data dans les questions d’architecture logicielle a été pris très au sérieux dans la thèse de Roy Fielding en 2000 :

“As noted above, the presence of data elements is the most significant distinction between the model of software architecture defined by Perry and Wolf and the model used by much of the research labelled software architecture . Boasson criticizes current software architecture research for its emphasis on component structures and architecture development tools, suggesting that more focus should be placed on data-centric architectural modeling. Similar comments are made by Jackson.”

Si la bascule s’est faite dans le domaine de l’ingénierie à la fin des années 90, puis dans le domaine industriel dans les années 2000, elle reste à faire dans le domaine des politiques économiques.

Une économie industrielle en dehors des radars de la puissance publique.

lunettes

Les questions numériques sont donc indexées sur celles des données numériques, or celles-ci, en raison de leur granularité et de leur mobilité portée par des industries du transfert (il y a des flux de données numérique en économie comme il y a des courants sous-marins intercontinentaux dans le domaine environnemental), et bien qu’elles redéfinissent notre milieu et notre environnement, sont paradoxalement en dehors des radars de la puissance publique, et pas seulement en France.

C’est ce que soulignait l’économiste Michael Mandel dans son papier Beyond Goods and Services en Octobre 2012 ( cité dans le rapport Colin et Collin sur la Fiscalité du numérique)  :

“Yet paradoxically, economic and regulatory policymakers around the world are not getting the data they need to understand the importance of data for the economy. Consider this: The Bureau of Economic Analysis, the U.S. agency which estimates economic growth, will tell you how much Americans increased their consumption of jewelry and watches in 2011, but offers no information about the growing use of mobile apps or online tax preparation programs.  Eurostat, the European statistical agency, reports how much European businesses invested in buildings and equipment in 2010, but not how much those same businesses spent on consumer or business databases. And the World Trade Organization publishes figures on the flow of clothing from Asia to the United States, but no official agency tracks the very valuable flow of data back and forth across the Pacific.”


En disant que les gouvernements non pas les data qu’il faut pour comprendre l’importance de l’économie des data, Michael Mandel souligne explicitement que les activités économiques et industrielles qui passent par les data ne rentrent pas dans les métadonnées, c’est à dire dans les catégories, de l’économie traditionnelle. C’est donc un enjeu de re-qualification et de re-catégorisation de l’économie politique dont il s’agit.

C’est ce qui ressort clairement des propositions de Michael Mandel qui, aux catégories économiques traditionnelles de biens (qui peuvent être stockés) et services (qui ne font pas l’objet d’une mise en stock), propose de rajouter les Data :

“Individuals can consume data, just like they can consume soda (a good) or haircuts (a service). Businesses can invest in databases, just like they invest in buildings and equipment.  And countries can export and import data, just like they export and import goods and services. As a result, instead of breaking down the economy into goods and services, statisticians need to be thinking about goods, services, and data. Adding data as a primary economic category can give policymakers a much more accurate picture of economic growth, consumption, investment, employment, and trade.”

goods

Il est donc nécessaire que la puissance publique puisse disposer de nouveaux organes de perception et d’action sur les data.

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Hubert Guillaud mars 8, 2013 à 4:43

Je ne suis pas sûr que la puissance publique n’ait pas une bonne perception (déformée d’ailleurs, car les rapports sur l’économie numérique sont tous le fait de l’économie numérique, ce qui ne veut pas dire qu’ils soient objectifs) de l’économie numérique, ni qu’ils n’aient pas les bonnes data.

Je demeure persuadé que le problème repose plutôt sur l’absence de toute vision et stratégie – et donc, d’une compréhension, d’une interprétation des données – et bien sûr, sûr des intérêts, mêmes flous – cf. cette itw : http://abonnes.lemonde.fr/economie/article/2013/03/07/la-france-consacre-trop-d-argent-a-sauver-des-secteurs-en-declin_1844426_3234.html.

L’augmentation des données dans le politique, risque d’avoir des effets plus délétères encore : http://bits.blogs.nytimes.com/2013/02/25/the-promise-and-peril-of-the-data-driven-society/ comme le disait très bien Thomas Berns : http://www.internetactu.net/2012/01/05/reseaux-sociaux-33-ces-algorithmes-qui-nous-gouvernent/

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Christian mars 8, 2013 à 11:04

Merci pour ces bons rebonds.

Il y peut être deux niveaux : celui des décisions politiques et celui des décisions administratives.
Et il est clair que si les décisions politiques , par manque de vision comme tu le soulignes, s’en remettent aux décisions administratives qui elles n’ont pas les bonnes lunettes pour analyser la situation … y a du travail.

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Regis mars 12, 2013 à 11:34

Merci pour cet article.

En rapport avec le sujet, Nicolas Colin, co-auteur du rapport sur la fiscalité de l’économie numérique est l’invité du podcast d’écrans.fr et expose son point de vue sur la fiscalité des données.

http://www.ecrans.fr/Video-Ecrans-fr-le-podcast-fiscal,16026.html

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