Les savoirs de l’écriture en Grèce ancienne (2) : Aux origines de la codification écrite des lois en Grèce

by Christian on 15 janvier, 2012

Deuxième note sur le livre « Les savoirs de l’écriture en Grèce ancienne » avec l’article de Giorgo Camassa.

Aux origines de la codification écrite des lois en Grèce

L’utilisation de l’alphabet en Grèce ancienne concerne une multiplicité d’activités, rappelle Giorgio Camassa : mais pour quelle raison les anciens grecs ont-ils fixé par écrit les codes de la lois ?

Ce qui est pour nous évident aujourd’hui – que législatif et écriture aillent de pair – n’a pas toujours été le cas. Alors où, dans quel lieu, les premières lois écrites furent-elles rédigées ?

Il semble y avoir un consensus sur l’idée que l’oeuvre de codification des lois aurait plutôt eu lieu dans les colonies que dans les métropoles. Et d’ailleurs “nomos” (la loi) dérive de la même racine que “nemein” (distribuer, répartir, allouer,..) : on s’imagine que la nécessité de répartir les terres entre les colons fut une motivation première pour écrire les lois, c’est à dire écrire les répartitions.

Mais en se focalisant trop tôt sur les colonies grecques, n’oublie-t-on pas trop vite la Crête dont il nous reste un nombre d’inscription juridique beaucoup plus nombreux que n’importe quelle région de la Grèce ?

Pour Giorgio Camassa, le cas de la Crête n’est pas convoqué pour lui attribuer une quelconque paternité dans l’écriture des lois, mais plutôt pour souligner que cette nouvelle écriture fut en Crête précédée et accompagnée par l’existence d’un corpus de lois transmises oralement. Camassa rappelle que, pour lui, l’existence d’une transmission orale d’un corpus législatif est la condition sine qua non pour la fixation précoce d’un code de loi écrites.

Les pratiques orales de législation sont elles-même baignées d’une culture poétique et lyrique :

Il semble en effet difficile de se soustraire à la suggestion qu’en Crête, plus clairement qu’ailleurs, l’art de la législation était inséparable de la précellence de la parole rythmique, capable de forger l’âme, grâce à ses pouvoirs évocateurs et psychagogiques, mais capable aussi d’intervenir activement sur la réalité en la transformant” p.145

C’est seulement dans le cadre d’une culture législative orale que, lentement et non à travers une crise :

“l’opinion publique citoyenne, forte de tout son poids, demanda avec insistance un plus grand contrôle sur le système jurique par l’intermédiaire de la publication des lois”. The Local Scripts of Archaic Greece, Oxford, 1961, p.43

Après la question du lieu, vient la question du comment : comment s’est opérée cette transition ?

Dans une tradition orale, la perception de la loi par les individus est quelque chose d’absolu et d’immuable : les modifications sont imperceptibles et “la loi d’une génération ne peut pas être mise en comparaison avec celle d’une autre”.

Mais, même une fois écrite, la loi reste associée à son caractère immuable, et partout en Grèce et jusqu’à Aristote se manifeste l’hostilité au changement des lois établies.

N’y a-t-il pas là un paradoxe :

“au moment-même où, avec le début d’une codification écrite, s’ouvre la voie, d’abord, à la perception et, ensuite, à la pratique du changement, on se préoccupe immédiatement d’éviter ce dernier”. p.149

Giorgio Camassa y voit la force du conditionnement exercé par la prédominance de la culture orale au sein même de la période écrite qui s’ouvre. Ce qui est une manière pour lui d’articuler tradition orale et tradition écrite sans avoir a postuler la nécessité de l’écriture pour autoriser l’oeuvre du législateur.

Et d’ailleurs, l’écriture elle-même n’était-elle pas destinée à être vue plus qu’à être réellement lue ? Comme le rappelle Marcel Détienne, l’écriture pénètre dans l’espace public en se montrant et en s’affichant :

“Gravés sur les édifices publics ou sur les stèles placées dans les lieux ou se déroulait la vie communautaire, les codes sont de clairs exemples d’une écriture destinée à être vue plutôt que lue”. p.151

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    Christian Jacomino janvier 16, 2012 à 7:54

    La transition (plutôt que la rupture) entre pratiques orales savantes et pratiques écrites devrait être au centre d’une réflexion sur la nécessaire réforme de l’enseignement du français. Mon commentaire ici: http://www.voixhaute.net/2012/01/show-and-tell-transition-entre-oral-et.html

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