Internet offre plusieurs outils de discussion et de débat : IRC, le mail, l’instant messaging, les forums, les blogs, les wikis, les réseaux sociaux, twitter, etc.

Aucun de ces outils ne fait pour autant disparaître les autres. Chacun apporte des modalités de discussion et des usages différents.

Tous pourtant éprouvent leurs limites – une forme de passage aux limites – avec le nombre de participants et de rédacteurs : trop de participants sur l’IRC et c’est la confusion, l’instant messaging ne fonctionne de manière optimale qu’à deux, les forums souffrent de répétitions et du nombre importants de publications qui s’enchaînent, les réseaux sociaux et twitter vont au-delà du nombre de personnes que l’on peut raisonnablement suivre, les mécanismes des blogs ne sont plus efficaces au delà d’une douzaine de commentaires, etc.

Seul le wiki semble mieux à même contenir le débordement induit par le nombre des participants, même si la question se déplace au niveau de la politique de gestion des contributions en back-office.

Comment sortir de cette situation ?

Tout comme il y a des infrastructures qui supportent un passage à l’échelle, il doit y avoir des solutions de discussions et de débats qui permettent un passage à l’échelle. Des solutions pour lesquelles le nombre de participants ne serait pas un problème intrinsèque, avec ses effets de bords.

Quels sont les raisons de ces limites des outils actuels ? J’en vois essentiellement deux :

  1. L’absence de “typage” des échanges dans les discussions : les participations à une discussion s’enchaînent comme les perles d’un collier jusqu’à ce qu’on en perde le fil ;
  2. Une représentation spatiale des échanges qui, quand elle existe,  ne propose pas assez de relief pour “naviguer à vue” dans les échanges.

Les deux raisons ici évoquées sont les deux faces d’un même problème : si la nature d’une contribution n’est pas qualifiée par une métadonnée, rien ne permettra par la suite de donner du relief à une discussion impliquant soit de nombreux participants soit de nombreux échanges. C’est le symptôme du “Re: Re: Re: Re: Re, etc.” dans les mails.

L’enjeu est donc de proposer un dispositif critique qui permette de sortir la discussion numérique de la logique d’enfilade indifférenciée et ad nauseam des contributions.

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Trois pistes pour instruire cette question :
  • les différents systèmes de gestion des versions du code d’un logiciel (CVS , Subversion , Git , Mercurial , etc.) se sont penchés depuis longtemps sur cette question : comment travailler à plusieurs à l’évolution d’un logiciel, comment concilier les contributions de chacun, s’assurer de la cohérence du code développé, et pour les plus récents permettre l’apparition de branches/courants distincts, etc. ;
  • le logiciel Lignes de temps de l’IRI qui répond à l’enjeu de pouvoir spatialiser un flux (temporel pour un film) pour favoriser un regard critique (les regards signés notamment) ;
  • le service Stack overflow qui se présente comme un service de questions/réponses sur des sujets de programmation. Les utilisateurs peuvent pondérer les réponses en votant pour celles-ci.

Chacun de ces exemples ne constitue pas une réponse satisfaisante ; un système critique de contribution reste à développer.