Il y a plusieurs droites en France, René Rémond en avait distingué trois :
- Une droite originairement contre-révolutionnaire, que l’Action française et diverses ligues ont représentée au XXe siècle. C’est la droite légitimiste, qui dérive directement du catholicisme, alors que la droite orléaniste est majoritairement protestante (voir ci-après). Elle est légitimiste car originairement pour le rétablissement de la monarchie. En même temps c’est une droite qui cultive les valeurs de l’expérience. Pour cette droite, la vertu principale n’est pas de se fier à la raison, mais à la leçon des choses et aux faits. Elle pratique et valorise le loyalisme. Cette droite semble aujourd’hui peu présente sur la scène politique française.
- Une droite libérale, orléaniste. Elle est apparue avec la seconde restauration de 1830. C’est une droite attachée aux valeurs de l’argent, de la production. Elle soutient également les différentes académies. C’est une droite de notable pour laquelle les valeurs sont : le savoir, la raison, la sagesse. C’est une droite qui s’est ralliée assez difficilement à la république, mais qui a fini par l’investir. Jacques Chirac, malgré la réputation qu’on lui fait, est très proche de cette droite orléaniste. Edouard Balladur en est également un représentant moderne.
- Une droite nationaliste enfin, plus autoritaire et plus réformatrice, dont le bonapartisme, le boulangisme et le gaullisme auraient été les avatars successifs. C’est une droite autoritaire qui pratique le culte du chef et la fidélité. Elle repose sur le triptyque Ordre, Autorité et Nation. Nicolas Sarkozy est la figure actuelle de cette tendance, bien qu’elle se soit édulcorée en s’incarnant dans le gaullisme.
Que partagent ces différents courants, et qu’est ce qui constitue l’unicité de la droite ?
Le philosophe Alain disait qu’il reconnaissait toujours un homme de droite au fait que ce dernier ne se reconnaissait pas comme étant de droite, allant généralement jusqu’à nier la distinction entre droite et gauche.
Cette remarque nous donne une indice sur ce qui, au delà des distinctions entre les différents courants de la droite, constitue un trait dominant propre à l’esprit de la droite :
- la droite n’aime pas la dialectique, et toute forme de conflit.
- elle est intrinsèquement conservatrice au sens ou elle préfère toujours la continuité à la rupture.
- elle se considère comme gardienne des murs de la nation, que la gauche s’ingénie à saccager.
Au début des années 50, Simone de Beauvoir avait défendu l’idée que la droite se définie comme une anti-gauche. La droite ne se définie pas intrinsèquement puisque historiquement elle a été dé-saisie du leadership de l’histoire. Elle n’est là que pour mettre des freins.
La droite n’aime pas le changement et les ruptures que prônent la gauche, car elle estime que les propositions de la gauche sont des idéaux dont la mise en oeuvre provoquerait des catastrophes. Et les aléas du communisme au XX° siècle lui donnent pleinement raison.
Au delà de la notion de fidélité (à l’ordre, à la hiérarchie, à la tradition, la famille, etc.) qui caractérise généralement la droite, il faut reconnaître que c’est aujourd’hui le pragmatisme et l’épreuve des faits qui semblent dominer l’état d’esprit actuel de la droite. Où la droite légitimiste renaît de ses cendres.
Je me pose aujourd’hui la question suivante : face à ce bref aperçu des différents visages de la droite, quelle est le courant qui serait le mieux à même de prendre en charge les enjeux des technologies de l’information ?
Pour aller plus loin, et si vous ne savez pas quoi faire dans la prochaine demi-heure, je vous invite à écouter Alain-Gérard Slama dans le cadre de l’émission Questions d’éthique de Monique Canto-Sperber.
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