Credo sur l’ombre des Lumières

Le mouvement des Lumières visait à s’émanciper de toutes les  formes d’autorités qui s’imposaient aux XVII° siècle : autorité religieuse, corporatiste, monarchique, etc.

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L’émancipation s’est produite via un discours qui érigeait un mur entre l’invidivu et la société (savante, religieuse, royale, etc.) et qui cherchait à fonder la raison et les savoirs sur les seules bases de l’autonomie de l’individu, en rejetant l’autorité sociale et en mettant en doute systématiquement toutes les représentations du réel (des formes d’interprétations fallacieuses). 

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Bien à l’abri dans l’intériorité de son esprit, l’homme des Lumières produisait une forme d’autisme à son environnement politique pour mieux l’ignorer et le disqualifier. La déclaration d’indépendance des Etats Unis d’Amérique et la Déclaration des droits de l’homme ont fini de concrétiser les espoirs des Lumières et de libérer le peuple ( de la couronne d’Angleterre et de celle de France).

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Aujourd’hui encore, tous les jours, nous sommes et restons les héritiers de cette conception des Lumières qui reste notre arme de prédilection contre toute forme d’autorité extérieure au moi.  En même temps, nous en payons un lourd tribu parce que le contexte historique n’est plus le même, ce tribu se manifeste essentiellement sur deux axes : more »

De la Bureaucratie en Amérique

Si je vous dis : “ que ceux qui aiment et apprécient la bureaucratie lèvent la main !”, il est probable que personne ne se manifeste. On pourrait même penser qu’avec la “dématérialisation” des processus à l’heure du digital, la bureaucratie  serait en train de diminuer et ne serait plus qu’un vague souvenir du XX° siècle.

Et bien c’est faux. Selon David Graeber, l’anthropologue américain qui fut une des figures de proue du mouvement Occupy Wall Street, la bureaucratie devient exponentielle et, si nous croyons qu’elle tend à disparaître, c’est parce que nous nous y sommes simplement habitués. Il y a eu une sorte de naturalisation de la bureaucratie.

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Qu’un anarchiste soit vent debout contre le pouvoir bureaucratique n’a rien de bien surprenant ; jusqu’ici rien de bien nouveau. Mais, la nouveauté vient de l’inquiétude de Graeber quant il dit que, s’il y a bien un discours populiste récurrent qui dénonce la bureaucratie, il n’en existe pas de véritable critique.

Qu’est-ce donc que la bureaucratie ? Et qu’est ce que ce joue autour de son déploiement planétaire actuel ? more »

De nouvelles institutions pour une nouvelle puissance publique

Dans Le rôle des probabilités dans la constitution des États-Nations : l’invention de la statistique, je rappelais que :

« les descriptions statistiques naissantes sous l’ancien régime, quelles soient destinées au Roi ou à son administration, sont secrètes ; elles ne sont pas destinées à éclairer une société civile distincte de l’État : c’est en dehors de ce dernier que se développe une tradition privée de description sociale ».

Cette situation va changer après la révolution où les statistiques descriptives vont faire l’objet de publication, c’est à dire de rendu public.

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L’instrumentation de la dette publique

Dans l’émission radiophonique Tire ta langue, Alfred Gilde (auteur de : Oui, l’économie en français, c’est plus clair , France Empire, 2013) rappelait que l’expression traditionnelle de “Dette Publique” était peut-être plus judicieuse que celle de “Dette Souveraine” empruntée au monde anglo-saxon .

Qui plus est, si la dette est qualifiée de “souveraine” elle montre du doigt que la puissance publique est endettée et que, donc, elle perd économiquement sa souveraineté.

Paradoxe : la dette dite “souveraine” ne fait qu’exprimer et mesurer l’importance de la perte de souveraineté. more »

Qu’est-ce qu’être de gauche ?

C’est une question à laquelle j’avais du mal à répondre ce manière concise et satisfaisante. Mais des commentaires au dernier billet sur Être en porte à faux ont fait ressurgir la question et, cette fois-ci, c’est la définition qu’en a donné Bernard Stiegler à l’assemblée générale d’Ars Industrialis de Juin 2009 qui s’est imposée. De mémoire :

« Être de gauche c’est croire à la nécessité d’une puissance publique. Une puissance qui s’exerce effectivement. »

Pour tester la formule, on pourrait se demander si, a contrario, être de droite serait :  » Ne pas croire à la nécessité d’une puissance publique qui s’exerce effectivement » ?

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APIE : Agence Pour l’Incurie de l’État

Créée en 2007, juste après la publication du rapport « Lévy-Jouyet »(PDF) sur l’économie de l’immatériel,  l’APIE (Agence du Patrimoine Immatériel de l’État de son vrai nom) est pleine de bonnes intentions dans sa lettre de mission :

  • sensibiliser les acteurs publics aux enjeux attachés aux actifs immatériels de l’État ;
  • faciliter la prise en compte de ces enjeux et l’adoption de nouveaux modes de gestion au sein de l’administration ;
  • accompagner les administrations et les établissements publics pour la définition de nouvelles stratégies et la conduite de projets concrets de valorisation de leur patrimoine immatériel.

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Qu’est-ce que l’incurie de la puissance publique ?

C’est sur l’incurie de la puissance publique que je conclus la partie que j’ai écrite dans « Pour en finir avec la mécroissance« . Or, on m’a récemment demandé ce qu’était vraiment l’incurie, et pourquoi parler de l’incurie de la puissance publique ?
Mon constat de l’incurie de la puissance publique, dans « Dataware et infrastructure du cloud computing », reposait sur l’abscence de participation de la puissance publique à la constitution des infrastructures du numérique réticulaire. Une absence de participation aussi bien du point de vue financier (pas d’investissement dans les data centers) que du point de vue politique (pas de politique des technologies numériques et des technologies de l’esprit).

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