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><channel><title>Christian Fauré &#187; algorithme</title> <atom:link href="http://www.christian-faure.net/tag/algorithme/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" /><link>http://www.christian-faure.net</link> <description>Hypomnemata : supports de mémoire</description> <lastBuildDate>Wed, 08 Feb 2012 13:01:47 +0000</lastBuildDate> <language>fr</language> <sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod> <sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency> <generator>http://wordpress.org/?v=3.3.1</generator> <item><title>Le devenir algorithmique (4) : les jeux d&#8217;écriture</title><link>http://www.christian-faure.net/2012/01/31/le-devenir-algorithmique-4-les-jeux-decriture/</link> <comments>http://www.christian-faure.net/2012/01/31/le-devenir-algorithmique-4-les-jeux-decriture/#comments</comments> <pubDate>Tue, 31 Jan 2012 14:04:27 +0000</pubDate> <dc:creator>Christian</dc:creator> <category><![CDATA[Défaut]]></category> <category><![CDATA[algorithme]]></category> <category><![CDATA[grammatisation]]></category> <category><![CDATA[transfert]]></category><guid
isPermaLink="false">http://www.christian-faure.net/?p=2554</guid> <description><![CDATA[Dans une précédente note sur les première pratiques scripturales dans les activités de commerce et de transactions économiques, je rappelais que, avec l’invention de la monnaie, une figure avait émergée en la personne du « changeur », qui évolua lui-même vers la fonction du &#171;&#160;banquier&#160;&#187; quand il se mit à faire « travailler » la trésorerie générée par son [...]
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style="text-align: justify;"><a
href="http://www.christian-faure.net/?attachment_id=2555" rel="attachment wp-att-2555"><img
class="wp-image-2555 aligncenter" title="changeur" src="http://www.christian-faure.net/wp-content/uploads/changeur.jpg" alt="" width="494" height="324" /></a></p><p
style="text-align: justify;">Dans une précédente note sur <a
href="http://www.christian-faure.net/2012/01/22/les-savoirs-de-lecriture-en-grece-ancienne-3-marchands-transactions-economiques-ecritures/">les première pratiques scripturales dans les activités de commerce et de transactions économiques</a>, je rappelais que, avec l’invention de la monnaie, une figure avait émergée en la personne du « changeur », qui évolua lui-même vers la fonction du &laquo;&nbsp;banquier&nbsp;&raquo; quand il se mit à <strong>faire « travailler » la trésorerie générée par son activité de change</strong>. Cette nouvelle activité lui imposa d’inventer de <strong>nouveaux jeux d’écritures</strong>, des écritures comptables.</p><p>Si « Jeux d’écriture » renvoie aujourd’hui à des jeux pour l’apprentissage de l’écriture dans les moteurs de recherche web, l’expression est également un euphémisme pour désigner des malversations comptables et financières. En ce dernier sens, le jeu d’écriture est perçu comme un <strong>tour de passe-passe</strong> potentiellement frauduleux.<br
/> <span
id="more-2554"></span><br
/> En dehors des question des transactions économiques, par exemple dans l’informatique, il m’apparaît évident que l’on a à faire à des jeux d’écritures. Un protocole, un compilateur, un programme, <strong>tout cela peut parfaitement être qualifié de jeu d’écriture</strong>. Serveurs et clients web inter-échangent via un jeu d’écriture. (<em>Un style d’architecture décrit toujours les règles d’un jeu d’écriture</em>)</p><p>Il est beaucoup moins évident pour moi de parler de jeu d’écriture à propos des <strong>oeuvres littéraires</strong>. Il y a bien des styles et des genres mais, bien qu’on puisse dire que ces oeuvres répondent à des règles, <strong>je n’arrive pas à me les représenter comme relevant des jeux d’écriture dont je parle ici</strong>, ou alors de manière très lointaine, si ce n’est métaphoriquement.</p><p>Pour qu’il y ait jeu d’écriture, il faut qu’il y ait une <strong>volonté de reproductibilité</strong>, d’abord pour soi-même puis pour les autres. Un auteur peut être seul avec son oeuvre, pas celui qui utilise des jeux d’écritures. La pratique scripturale n’est pas la même dans les deux cas. Dans le jeu d’écriture dont je parle ici, <strong>la règle est manifeste et il faut la respecter</strong>. En ce sens, la littérature est beaucoup plus <strong>transgressive</strong> dans ses pratiques de l’écriture.</p><p>Les jeux d’écriture ont ainsi une fonction collective évidente : les recettes, les méthodes et les techniques de ces jeux d’écriture ont <strong>vocation à être adoptées et partagées en constituant des communautés de jeux d’écritures</strong>. Autour de chaque jeu d’écriture, des communautés de pratiques se constituent (quelles soient disciplinaires, corporatiste ou politiques).</p><p><a
href="http://www.christian-faure.net/?attachment_id=2557" rel="attachment wp-att-2557"><img
class=" wp-image-2557 aligncenter" title="machine" src="http://www.christian-faure.net/wp-content/uploads/machine.jpg" alt="" width="348" height="232" /></a></p><p
style="text-align: justify;"> Il y a donc des jeux d’écritures comptables, juridiques, mathématiques, informatiques, etc. À cette perspective selon le point de vue des <em>champs disciplinaires</em> il faudrait rajouter une <em>perspective temporelle</em>. En effet, l’évolution du <strong>processus de grammatisation</strong> (cf. <a
href="http://www.christian-faure.net/2011/02/11/les-enjeux-de-la-grammatisation-des-relations/">Les enjeux de la grammatisation des relations</a>) – aujourd’hui à son stade numérique – tend vers des pratiques de plus en plus poussées avec <strong>des techniques de jeu d’écriture qui s’automatisent</strong>, parfois en &laquo;&nbsp;temps réel&nbsp;&raquo; comme c&#8217;est le cas dans <strong>les écritures spéculatives de la finance</strong>.</p><p>Plus le processus de grammatisation progresse, <strong>plus les jeux d’écritures deviennent des puissances <em>effectives</em></strong>. On se rend compte que la &laquo;&nbsp;virtualité&nbsp;&raquo; du numérique est en fait <strong>ce qui opère notre monde via des jeux d’écritures</strong> (centrales nucléaires, toutes les formes de transports, et c’est encore plus le cas pour les activités tertiaires des Banques, de la Finance et des Assurances).</p><p>Il m’apparaît également que <strong>les jeux d’écriture relèvent tous d’une approche algorithmique</strong> et en ce sens s’inscrivent dans <a
href="http://www.google.fr/search?q=devenir+algortihmique&amp;ie=utf-8&amp;oe=utf-8&amp;aq=t&amp;rls=org.mozilla:fr:official&amp;client=firefox-a#pq=devenir+algorithmique&amp;hl=en&amp;cp=1&amp;gs_id=2j&amp;xhr=t&amp;q=%22devenir+algorithmique%22&amp;pf=p&amp;sclient=psy-ab&amp;client=firefox-a&amp;hs=7rZ&amp;rls=org.mozilla:fr%3Aofficial&amp;source=hp&amp;pbx=1&amp;oq=%22devenir+algorithmique%22&amp;aq=f&amp;aqi=&amp;aql=&amp;gs_sm=&amp;gs_upl=&amp;bav=on.2,or.r_gc.r_pw.,cf.osb&amp;fp=4e7c300c35d8f2c3&amp;biw=1624&amp;bih=1001" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/www.google.fr/search?q=devenir+algortihmique_amp_ie=utf-8_amp_oe=utf-8_amp_aq=t_amp_rls=org.mozilla_fr_official_amp_client=firefox-a_pq=devenir+algorithmique_amp_hl=en_amp_cp=1_amp_gs_id=2j_amp_xhr=t_amp_q=_22devenir+algorithmique_22_amp_pf=p_amp_sclient=psy-ab_amp_client=firefox-a_amp_hs=7rZ_amp_rls=org.mozilla_fr_3Aofficial_amp_source=hp_amp_pbx=1_amp_oq=_22devenir+algorithmique_22_amp_aq=f_amp_aqi=_amp_aql=_amp_gs_sm=_amp_gs_upl=_amp_bav=on.2_or.r_gc.r_pw._cf.osb_amp_fp=4e7c300c35d8f2c3_amp_biw=1624_amp_bih=1001&amp;referer=');">le « devenir algorithmique » dont j’ai déjà eu l’occasion de parler ces dernières années</a>.</p><p>Par ailleurs, les jeux d’écritures sont également des <a
href="http://www.christian-faure.net/2011/10/25/le-propre-du-transfert-et-le-tranfert-du-propre/">technologies de transfert</a> : de savoirs, de propriétés, de biens. Jamais ces technologies de transfert n’ont été aussi puissantes, c’est ce que l’on perçoit quand on oppose – même si c&#8217;est à tort –  l’économie « virtuelle » de la finance à l’économie &laquo;&nbsp;réelle&nbsp;&raquo; de la production.</p><p>L’écriture qui n’est pas simplement un jeu d’écriture, celle de la poésie, de la philosophie, des humanités, de la littérature et des sciences humaines est pourtant<strong> plus que jamais nécessaire</strong> car c’est de sa richesse et de sa vitalité que naissent des <strong>analyses critiques de ces jeux d’écriture,</strong> véritable &laquo;&nbsp;bras armé&nbsp;&raquo; des technologies de transfert.</p> <span
class="post-twitter" ><a
href="http://twitter.com/home?status=Chez%20%40ChristianFaure%20%3A%20%22Le%20devenir%20algorithmique%20%284%29%20%3A%20les%20jeux%20d%27%C3%A9criture%22%20http%3A%2F%2Ftinyurl.com%2F7lhhsms" title="Signaler sur Twitter" rel="nofollow" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/twitter.com/home?status=Chez_20_40ChristianFaure_20_3A_20_22Le_20devenir_20algorithmique_20_284_29_20_3A_20les_20jeux_20d_27_C3_A9criture_22_20http_3A_2F_2Ftinyurl.com_2F7lhhsms&amp;referer=');">Signaler sur Twitter</a></span><p>Related posts:<ol><li><a
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isPermaLink="false">http://www.christian-faure.net/?p=2046</guid> <description><![CDATA[(Les illustrations sont de Pavel.K, dessinateur, caricaturiste et illustrateur, que je remercie chaleureusement pour son travail) Motivations Je ne vais essayer de faire qu&#8217;une seule chose dans ce texte, commenter et expliciter la phrase suivante : &#160;&#187; les technologies relationnelles produisent des relations grammatisées &#171;&#160; * Au sein d&#8217;Ars Industrialis, nous avons à plusieurs reprises [...]
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style="text-align: center;">*</p><p>Au sein d&#8217;<a
href="http://arsindustrialis.org/" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/arsindustrialis.org/?referer=');">Ars Industrialis</a>, nous avons à plusieurs reprises souligné l&#8217;importance du <a
href="../../../../../2005/03/01/platon-memoire-et-grammatisation/">processus de grammatisation</a> :</p><blockquote><p>La grammatisation est un processus de description, de formalisation et de discrétisation des comportements humains (voix et gestes) qui permet leur reproductibilité. Grammatiser, c’est isoler des grammes et des graphes (éléments constitutifs en nombre finis formant un système). Grammatiser c’est donc discrétiser un signal et de ce fait pouvoir le reproduire.  Par exemple, je peux discrétiser la langue avec une trentaine de signes diacritiques : les lettres de l’alphabet. L’alphabet permet de retranscrire n’importe quelle langue du monde dont il accomplit la discrétisation littérale.</p><p>Le concept de grammatisation permet de définir des époques et des techniques qui apparaissent et qui ne disparaissent jamais (en aucun cas l’informatique ne fait disparaître la lecture et l’écriture, c’est au contraire une archi-lecture qui change les conditions de la lecture et de l’écriture).</p></blockquote><p>Nous avons également rappelé qu&#8217;après la grammatisation de la parole (écriture) puis geste (machine outils), nous en étions actuellement au stade de la &laquo;&nbsp;grammatisation des relations&nbsp;&raquo;, chacun ayant en tête le phénomène des réseaux sociaux (fonctions de partage, de collaboration et de communication) de ces dernières années. C&#8217;est cette &laquo;&nbsp;grammatisation des relations&nbsp;&raquo; qui est l&#8217;objet du <a
href="http://arsindustrialis.org/groupe-de-travail-technologies-relationnelles" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/arsindustrialis.org/groupe-de-travail-technologies-relationnelles?referer=');">groupe de travail sur les technologies relationnelles</a>.<br
/> <span
id="more-2046"></span></p><h2>Cheminement</h2><p>A vrai dire, il faudrait préciser que nous sommes à un stade de <strong>grammatisation généralisée des comportements</strong>, doit-on en déduire que &laquo;&nbsp;grammatisation des comportements&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;grammatisation des relations&nbsp;&raquo; sont la même chose  ? Pour tenter d&#8217;éclaircir la situation, je propose le cheminement suivant :</p><ul><li>commencer par rappeler la corrélation entre le processus de grammatisation et le devenir algorithmique, puis les mettre en regard des trois discrétisations (littérale, analogique, numérique) ;</li><li>ensuite préciser un point de méthodologie, inhérent à tout objet d&#8217;étude : si l&#8217;on veut appréhender les enjeux de la grammatisation des relations, on ne peut pas se tenir dans une simple position d&#8217;observateur neutre. La raison en est que les <em>relations grammatisées</em>, dès qu&#8217;on les aborde, sont aussi et en même temps des <em>relations grammatisantes</em>. Nous nous grammatisation inévitablement au contact des relations grammatisées ; nous changeons, nous nous individuons à leur contact. Ce sera ici, l&#8217;occasion de souligner qu&#8217;une telle approche peut-être appréhendée par ce que nous appelons &laquo;&nbsp;l&#8217;anthropologie numérique&nbsp;&raquo; ;</li><li>quand on parle de processus de grammatisation &#8211; surtout lorsqu&#8217;on a à faire avec la discrétisation numérique &#8211; on ne voit pas spontanément la nature créative et originale de ce processus (opéré notamment au niveau des algorithmes). Pour combattre ce lieu commun de l&#8217;engrammage comme simple captation et retranscription passive dans des formats numériques, ce lieu commun disais-je, qui nous fait nous poser la question suivante : &laquo;&nbsp;y-a-t-il un art numérique?&nbsp;&raquo;. Question déjà initiée par Walter Benjamin dans son essai sur <a
href="http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27%C5%92uvre_d%27art_%C3%A0_l%27%C3%A9poque_de_sa_reproductibilit%C3%A9_technique" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/fr.wikipedia.org/wiki/L_27_C5_92uvre_d_27art_C3_A0_l_27_C3_A9poque_de_sa_reproductibilit_C3_A9_technique?referer=');">&laquo;&nbsp;L&#8217;oeuvre de d&#8217;art à l&#8217;époque de sa reproductibilité technique&nbsp;&raquo;</a>. Il faut donc insister sur le caractère créatif et original des processus de grammatisation, y compris à l&#8217;heure de la discrétisation numérique ;</li><li>enfin, il faudra rassembler nos hypothèses et nos thèses pour décrire la manière dont la grammatisation des traces comportementales (le ton est à présent plus anthropologique) est captée puis exploitée par les technologies relationnelles pour produire des relations gramatisées et grammatisantes, créatives et normatives qui, en tant que <a
href="http://arsindustrialis.org/pharmakon" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/arsindustrialis.org/pharmakon?referer=');">pharmakon</a>, peuvent participer à l&#8217;individuation psychique et collective tout comme la court-circuiter ;</li></ul><h2>La &laquo;&nbsp;double hélice&nbsp;&raquo; de la grammatisation</h2><p>Outre le processus de grammatisation lui-même, il y a donc ce phénomène que j&#8217;ai appelé le <a
href="../../../../../2009/04/26/le-devenir-algorithmique/">devenir algorithmique</a> (développé dans<a
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href="../../../../../2009/11/01/le-devenir-algorthmique-3-linvention-de-lhypothese/">Le devenir algorithmique (3) : l’invention de l’hypothèse</a> ).</p><p>De prime abord, ce devenir algorithmique se présente comme la formalisation de méthodes (qui sont parfois des recettes, quand ce n&#8217;est pas une simple liste) pour <strong>résoudre des problèmes</strong>. Ces formalisations algorithmiques décrivent donc pas-à-pas des méthodes constitutives de savoir-faire et de techniques, qui pourront ainsi être réutilisées, reproduites et enseignées.</p><p>Aujourd&#8217;hui, nous sommes dans un stade du devenir algorithmique qui se caractérise par le fait, tout à fait stupéfiant, que l&#8217;on peut écrire pour des &laquo;&nbsp;lecteurs&nbsp;&raquo; qui ne sont plus des hommes mais des machines. C&#8217;est ce que soulignait brillamment <a
href="http://alaingiffard.blogs.com/culture/2007/09/lectures-indust.html" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/alaingiffard.blogs.com/culture/2007/09/lectures-indust.html?referer=');">Alain Giffard</a> (&laquo;&nbsp;Des lectures industrielles&nbsp;&raquo;, <em>in</em> <a
href="../../../../../2009/04/15/pour-en-finir-avec-la-mecroissance/">Pour en finir avec la mécroissance</a>) quand il faisait remarquer que les réponses de Google à des requêtes comme &laquo;&nbsp;lecteur&nbsp;&raquo; en français, ou &laquo;&nbsp;reader&nbsp;&raquo; en anglais, font majoritairement référence à des machines (lecteur MP3, DVD, liseuse eBook, etc.) et non à des lecteurs humains.</p><p>En conséquence de quoi nous pouvons dire que le devenir algorithmique est cette tendance qui accompagne la grammatisation et qui fait que l&#8217;on peut aujourd&#8217;hui <strong>écrire pour des machines</strong> (que l&#8217;on mesure l&#8217;impact anthropologique de cette expression) qui vont <strong>non seulement lire, mais également interpréter et exécuter les instructions</strong>.</p><p>Quel lien y-a-t-il donc entre le processus de grammatisation d&#8217;une part, et le devenir algorithmique d&#8217;autre part ? On pourrait tout d&#8217;abord dire que l&#8217;algorithme participe lui-même du processus de grammatisation, en ce sens qu&#8217;il discrétise non plus seulement des paroles mais des savoirs et des modes de pensée (par exemple dans la rhétorique et dans la logique). Le devenir algorithmique est à ce titre le processus de grammatisation mais <strong>dans une certaine perspective</strong>.</p><p>Ces machines, auxquelles nous adressons à présent (consciemment <em>et</em> inconsciemment) des textes et du code, permettent dès lors de faire le chemin inverse de celui de la grammatisation. Car si cette dernière spatialise le temps, la machine, elle, peut ainsi re-temporaliser l&#8217;espace. La temporalisation ainsi produite est certes artificielle, comme l&#8217;est la voix du logiciel qui fait du &laquo;&nbsp;text to speech&nbsp;&raquo;, mais il n&#8217;en reste pas moins que c&#8217;est la un <strong>processus créatif</strong>, point sur le lequel nous reviendrons dans un instant.</p><p><img
class="alignnone" title="schéma grammatisation et algorithme" src="http://www.christian-faure.net/wp-images/grammatisationa.jpg" alt="" width="543" height="238" /></p><p>Mais avant de convoquer le devenir algorithmique qui oeuvre à la <em>temporalisation de l&#8217;espace</em> (par exemple un<em> player MP3</em> qui temporalise les données numériques), avant cela donc, rappelons les trois modalités de la discrétisation.</p><h2>Les trois discrétisations.</h2><p>Il y a trois modalités de la grammatisation, à savoir, dans l&#8217;ordre d&#8217;apparition historique : grammatisation littérale, analogique puis numérique. Le vocabulaire d&#8217;Ars Industrialis, dans l&#8217;entrée &laquo;&nbsp;<a
href="http://arsindustrialis.org/grammatisation" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/arsindustrialis.org/grammatisation?referer=');">grammatisation</a>&laquo;&nbsp;, rappelle que :</p><blockquote><p>Il existe trois discrétisations : littérale, analogique et numérique. Elles n’ont pas les mêmes modalités de socialisation et ne produisent pas les mêmes effets épistémiques. Typiquement, on ne fait pas de calculs sur des grammatisations analogiques, alors que l’informatique est faite pour faire des calculs, des traitements. Dans le cas de l’analogique, la discrétisation est insensible pour le destinataire. Quand je regarde la télévision, cela m’apparaît comme un flux continu : cela se présente comme si je regardais par la fenêtre. Pour l’appareil c’est discret, si ce n’était pas discrétisé il ne pourrait pas le traiter, il ne pourrait pas moduler le signal. En passant de l’appareil analogique à l’appareil numérique, des parties du signal m’apparaissent en tant que discrètes, et c’est ce qui rend possible ce qu’on appelle l’interactivité : je peux alors agir sur l’information, la transformer, et non seulement la subir.</p></blockquote><p>La discrétisation numérique, avec son corolaire de production de données numériques,  offre un champ d&#8217;exploration <strong>aussi vaste qu&#8217;un nouveau monde</strong>. Et, sans faire de mauvais jeu de mots, je dirais qu&#8217;avec le devenir algorithmique nous avons un &laquo;&nbsp;temps retrouvé&nbsp;&raquo; que le processus de grammatisation nous avait semblé liquider avec discrétisation. Le devenir algorithmique (l&#8217;algorithmisation des méthodes appliquées aux données) s&#8217;y développe jusqu&#8217;à offrir des services relationnels, ou relations grammatisées, qui font l&#8217;objet de notre présente investigation.</p><h2>La relation numérique n&#8217;est pas neutre</h2><p>On ne peut pas faire l&#8217;impasse sur certaines <strong>questions de méthode</strong> quant à notre objet d&#8217;étude. Car nous allons voir qu&#8217;il n&#8217;est pas seulement question de <em>relations grammatisées</em> mais également de <em>relations grammatisantes</em> (agissantes sur les processus de <a
href="http://arsindustrialis.org/transindividuation" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/arsindustrialis.org/transindividuation?referer=');">transindividuation</a>). C&#8217;est également la raison pour laquelle la réflexion doit se placer dans une<strong> perspective anthropologique </strong>(l&#8217;évolution de l&#8217;homme s&#8217;y joue, et il s&#8217;agit de ne pas réinventer la roue sachant que des générations d&#8217;anthropologues se sont déjà penchés sur la question des techniques relationnelles et de leur rôle dans les relations humaines). Or, on ne peut pas comprendre les enjeux de la grammatisation des relations via les technologies relationnelles (dont les réseaux sociaux font partie) sans aller sur <em>le terrain du numérique</em>. Les méthodes d&#8217;<strong>observation participante</strong> et de <strong>recherche-action</strong>, utilisées en ethnologie, mais aussi en sociologie, devront être ici non seulement convoquées mais repensées sur ce nouveau terrain du numérique.</p><p>Les relations grammatisées sont aussi des relations grammatisantes, disions-nous, l&#8217;ordinateur (en tant que terminal numérique) est un terminal de grammatisation : on accède à des contenus grammatisés en nous grammatisant nous-mêmes. <strong>La relation avec le numérique n&#8217;est donc pas neutre</strong> : en accédant au numérique on se numérise. Aussi, l&#8217;ensemble des démarches qui se placent hors du terrain numérique pour l&#8217;analyser, dans une perspective d&#8217;observateur neutre qui n&#8217;interfère pas avec son objet d&#8217;étude, se retrouvent frappées du sceau de la caducité.</p><p><img
class="alignnone" title="Grammatisation 1" src="http://www.christian-faure.net/wp-images/grammatisation1.jpg" alt="" width="525" height="460" /></p><p>Les plus grammatisés &#8211; numérisés &#8211; d&#8217;entre nous ont des potentialités d&#8217;accès au numérique les plus importantes. Quelqu&#8217;un qui passe plusieurs heures par jour devant un écran d&#8217;ordinateur n&#8217;est plus le même, pas &laquo;&nbsp;câblé&nbsp;&raquo;, dirions-nous, de la même façon ;<strong> la relation au numérique l&#8217;a donc numérisé en retour.</strong></p><p
style="text-align: center;">*</p><p>Nous discutons actuellement de la question de l&#8217;<strong>anthropologie numérique</strong> au sein du <a
href="http://arsindustrialis.org/groupe-de-travail-technologies-relationnelles" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/arsindustrialis.org/groupe-de-travail-technologies-relationnelles?referer=');">groupe de travail sur les technologies relationnelles</a> d&#8217;Ars Industrialis, et il me semble acquit que l&#8217;<strong>on ne peut faire de l&#8217;anthropologie numérique sans se plonger soi-même dans ce milieu numérique</strong> :</p><ol><li>La première raison est que ceux qui ne sont pas affectés par ce stade actuel de la grammatisation ont systématiquement tendance à penser que le numérique <em>dénature</em>. Qu&#8217;il propose des objets, et avec eux des pratiques, qui se substitueraient à des objets et des pratiques <em>réelles</em>. Une telle conception de la réalité est pour le moins très conservatrice (dure période pour ceux dont la profession est celle de <em>conservateur</em> à l&#8217;heure du numérique, bien qu&#8217;être conservateur n&#8217;implique en rien qu&#8217;il faille être politiquement conservateur). On a ce type de comportement dans le monde du Livre ou de l&#8217;Édition avec ces débats à n&#8217;en plus finir sur le pour ou le contre des livres numériques, polémiques attisées par ceux qui voient la grammatisation numérique comme le bouc émissaire de tous leurs maux.</li><li>La deuxième raison consiste à éviter de faire ce que les <strong>sciences de l&#8217;information </strong>ont trop tendance à faire : à décrire les pratiques numériques. Certes utiles, ces exercices descriptifs font naître l&#8217;illusion de pouvoir rester objectif et neutre vis à vis de leur objet d&#8217;étude, désamorçant par là même toute tentation de prise de position eu égard aux enjeux actuels de la grammatisation numérique des relations. Le travers d&#8217;une telle approche est de nourrir des discours métalangagiers entre experts du domaine qui relèvent du délire, donnant naissance à une<strong> communauté d&#8217;aliénés</strong> qui s&#8217;est elle-même mise à distance de son propre objet d&#8217;étude.</li></ol><p>Si un enfant est élevé avec un accès aux technologies relationnelles, ces technologies qui grammatisent les relations, il semble évident que ce qu&#8217;il entendra par &laquo;&nbsp;relation d&#8217;amitié&nbsp;&raquo; va être influencé par sa pratique des réseaux sociaux. Et nul doute que, déjà, les pratiques sociales dans les cours de récréation des collèges ne sont plus les mêmes que celles que j&#8217;ai pu moi-même connaître où la seule présence du numérique se résumait aux &laquo;&nbsp;montres digitales&nbsp;&raquo; et au jeu Donkey Kong de Nintendo (qui n&#8217;étaient pas encore des &laquo;&nbsp;terminaux&nbsp;&raquo;).</p><p><img
class="alignnone" title="Grammatisation 2" src="http://www.christian-faure.net/wp-images/grammatisation2.jpg" alt="" width="465" height="500" /></p><h2>La grammatisation est un processus créatif et normatif</h2><p>Que la grammatisation soit un processus créatif, cela a toujours été vrai et ce l&#8217;est encore plus à présent avec la discrétisation numérique relayée par le devenir algorithmique. Aussi, la conception la plus pauvre du processus de grammatisation est celle qui consiste à le penser dans le cadre du schématisme de l&#8217;<em>input</em> et l&#8217;<em>output</em> suivant :</p><p><img
class="alignnone" title="Grammatisation b" src="http://www.christian-faure.net/wp-images/grammatisationb.jpg" alt="" width="465" height="130" /></p><p>Ce schématisme peut fonctionner pour représenter des fonctions d&#8217;enregistrement et d&#8217;encodage numérique, mais il est insuffisant pour rendre compte de la grammatisation des relations : qui pourrait croire qu&#8217;il suffirait de passer une relation d&#8217;amitié à la moulinette du numérique pour obtenir la version grammatisée de la relation d&#8217;amitié en sortie ? Il faut donc sortir de cette forme de &laquo;&nbsp;pensée magique&nbsp;&raquo;.</p><p>Ce qui change, c&#8217;est que la relation ainsi grammatisée <strong>ne correspond en réalité à aucune relation qui la précéderait et dont elle serait la version numérique</strong>, comme &laquo;&nbsp;dupliqué dans le numérique&nbsp;&raquo;. Ce qui implique donc que <strong>la relation grammatisée est inédite</strong>. Ce n&#8217;est pas une relation, par exemple la relation d&#8217;amitié, qui aurait été grammatisée, numérisée et enregistrée <em>de manière orthothétique</em> : on peut bien enregistrer la voix mais pas une relation.</p><p>Sans même parler des relations à l&#8217;heure du numérique, nous pourrions illustrer ce point avec l&#8217;exemple de la grammatisation &#8211; dans ce cas analogique &#8211; de la relation amoureuse à laquelle procède Hitchcock dans <a
href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Encha%C3%AEn%C3%A9s" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/fr.wikipedia.org/wiki/Les_Encha_C3_AEn_C3_A9s?referer=');">Les Enchaînés (Notorius)</a>. Cette scène du baiser entre Ingrid Bergman et Cary Grant est célèbre notamment parce qu&#8217;elle contenait &laquo;&nbsp;le plus long baiser du cinéma&nbsp;&raquo; :</p><p><object
width="500" height="400"><param
name="movie" value="http://www.youtube.com/e/Zu8JASfWb6A"></param><param
name="allowFullScreen" value="true"></param><param
name="allowscriptaccess" value="always"></param><embed
src="http://www.youtube.com/e/Zu8JASfWb6A" type="application/x-shockwave-flash" width="500" height="400" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true"></embed></object></p><p>Nul doute que cette grammatisation de la relation amoureuse est un processus créatif : des choix ont été fait, du jeu des acteurs jusqu&#8217;au montage, en passant par la mise en scène.  En plus d&#8217;être créative, elle est aussi normative : <strong>Hitchcock invente une nouvelle norme du baiser qui va changer notre regard sur la relation amoureuse et peut-être même changer nos comportements, en l&#8217;occurrence notre façon d&#8217;embrasser.</strong></p><p><img
class="alignnone" title="Grammatisation 3" src="http://www.christian-faure.net/wp-images/grammatisation3.jpg" alt="" width="584" height="620" /></p><h2>La grammatisation numérique des relations</h2><p>Comme nous l&#8217;avons vu avec le film de Hitchcock, la grammatisation d&#8217;une relation est toujours créative (précisément parce qu&#8217;elle n&#8217;existe pas, elle est un lien invisible entre deux individus, une transindividuation). Avec le stade numérique, le processus créatif lui même, celui que faisait Hitchcock et ses techniciens, devient objet de modélisation et de calcul : si la relation d&#8217;amitié était faite de bois de chêne massif, les relations d&#8217;amitiés grammatisées par Facebook seraient du contre-plaqué, <strong>un agglomérat de traces numériques recomposées et présentées comme un réseau social d&#8217;amis</strong>.</p><p>La grammatisation numérique des relations n&#8217;est donc pas simplement un processus de transposition du réel vers le numérique, c&#8217;est bien plutôt un processus créatif et <em>normatif</em> au sens de Canguilhem. Cet aspect créatif réside dans le fait que, avec la grammatisation numérique, on peut faire du calcul sur les données numériques ainsi enregistrées. Ce n&#8217;est plus dans l&#8217;algorithme d&#8217;encodage que les choses se jouent mais dans l&#8217;algorithme qui va<strong> interpréter les données</strong> pour fournir de nouveaux services applicatifs.</p><p>C&#8217;est ainsi la maturité du devenir algorithmique qui appelle et stimule la grammatisation dans sa modalité numérique. Les algorithmes créatifs stimulent la production de capteurs numériques qui rendent exponentiel l&#8217;augmentation du volume de données numériques produites et transportées : données numériques qui sont considérées comme des traces comportementales à partir desquelles de nouveaux services relationnels sont possibles.</p><p>Pour filer la métaphore précédente sur le bois aggloméré, nous pourrions rajouter que les yaourts &laquo;&nbsp;parfum fraise&nbsp;&raquo; ne contiennent parfois aucune fraise et il y a probablement des enfants qui connaissent le &laquo;&nbsp;parfum fraise&nbsp;&raquo; industriel avant même d&#8217;avoir goûté à leur première fraise : c&#8217;est un nouveau goût qui, bien que faisant référence à la fraise, n&#8217;est pas le parfum de la fraise.</p><p>Avec de telles métaphores, je ne cherche pas à dévaloriser l&#8217;intérêt des parfums industriels ou même du bois aggloméré dont on connaît par ailleurs les nombreuses qualités. Je ne cherche pas non plus à dire que l&#8217;industrie (et à présent l&#8217;industrie du numérique) produit <strong>un monde falsifié qui s&#8217;opposerait à la vérité des produits &laquo;&nbsp;naturels&nbsp;&raquo;</strong>. Là n&#8217;est pas le sujet puisque j&#8217;insiste ici sur le fait que ce sont des processus créatifs (que l&#8217;on peut regretter par ailleurs), et non de &laquo;&nbsp;pâles copies&nbsp;&raquo;.</p><p><img
class="alignnone" title="Grammatisation 4" src="http://www.christian-faure.net/wp-images/grammatisation4.jpg" alt="" width="518" height="454" /><br
/> L&#8217;industrie des relations numériques (des technologies relationnelles) se constitue tout d&#8217;abord comme<strong> industrie du profilage</strong>. La matière numérique, celle qui est issue du processus de numérisation, celle dans laquelle on va puiser les données (<em>datamining</em>) pour créer de nouveaux services, ces données numériques qui constituent la matière numérique, disais-je, sont très diverses : cela va de celles fournies par les capteurs de temps et de lieu aux confession intimes en passant par des données d&#8217;état civil. Il y a une convergence des données dans le numérique, et les recettes de cuisines y côtoient l&#8217;actualité en <em>live</em> des révoltes tunisiennes ou égyptienne : si la nature des informations était incommensurables, le numérique les rend compatibles entre-elles produisant du même coup un phénomène d&#8217;infobésité et de désorientation auquel les moteurs de recherche ont du faire face en premiers.</p><p>Ce magma de données numérique ne peut avoir de sens que si on lui donne une forme et c&#8217;est à ce moment que la créativité algorithmique va pouvoir s&#8217;exercer. Il y a toutefois deux approches en la matière :</p><ul><li>soit on part d&#8217;un existant très hétérogène, non seulement dans la nature des données mais également dans leur structure (typiquement le cas des moteurs de recherche) ;</li><li>soit l&#8217;on part d&#8217;une forme <em>a priori</em>, avec des choix et des sélections de format et de type de données qui sont conçus en fonction des algorithmes qui vont les utiliser (situation plus propre aux réseaux sociaux) ;</li></ul><p>Cette forme <em>a priori</em> se manifeste dans la figure du <em>formulaire</em>. C&#8217;est la raison pour laquelle, en 2006, j&#8217;avais tenté de donner <a
href="../../../../../2006/11/27/la-plus-courte-definition-du-web-20/">la plus courte définition du Web 2.0</a> en écrivant :<br
/> Une application Web 2.0 est un <strong>formulaire de saisie en ligne</strong> proposant des services adossés aux contenus saisis par les particuliers.<br
/> Il se trouve que je me suis resservi de cette formule dans le dernier <a
href="http://arsindustrialis.org/groupe-de-travail-technologies-relationnelles" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/arsindustrialis.org/groupe-de-travail-technologies-relationnelles?referer=');">atelier sur les technologies relationnelles</a>, lors de la présentation d&#8217;un travail de recherche sur Facebook par Estrella Rojas, de l&#8217;Université d&#8217;Artois. Puis <a
href="http://bblfish.net/" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/bblfish.net/?referer=');">Henry Story</a> a rebondi sur la<em> mailing-list </em>en faisant référence à Kafka. Plus exactement à un documentaire sur l&#8217;interprétation foucaldienne de Kafka :</p><p><object
width="500" height="400"><param
name="movie" value="http://www.youtube.com/e/UmfH2KOTx4g"></param><param
name="allowFullScreen" value="true"></param><param
name="allowscriptaccess" value="always"></param><embed
src="http://www.youtube.com/e/UmfH2KOTx4g" type="application/x-shockwave-flash" width="500" height="400" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true"></embed></object></p><p>Il est vrai que <strong>le formulaire est un des symboles de l&#8217;absurdité des procédures administratives dans l&#8217;œuvre de Kafka</strong>. Quelle ironie du sort et quel retournement de situation que de constater le nombre de formulaires remplis sur le web, du CV de LinkedIn aux pages de Facebook en passant par le minimalisme de Twitter et sans oublier bien sûr les formulaires de la e-Administration.</p><p>Cette industrie des technologies relationnelles, dans le visage qu&#8217;en donne les réseaux sociaux, est <strong>une nouvelle cartographie des territoires psycho-collectifs</strong> qui redéfinie les opportunités du marketing et nous induisant à participer nous-même à notre propre profilage en remplissant des formulaires en ligne.</p><h2>La nouvelle donne de la grammatisation numérique des relations : en attente d&#8217;un moment réflexif</h2><p>Ce n&#8217;est donc pas les relations d&#8217;amitiés qu&#8217;enregistre Facebook, puisque chacun sait qu&#8217;on a pas des centaines d&#8217;amis (quand ce n&#8217;est pas des milliers) ; ce n&#8217;est pas non plus des relations d&#8217;amour qu&#8217;enregistre Meetic ou des relations de soin Doctissimo : ce sont des modalités d&#8217;individuations psychiques et collectives qui sont mises en place à très grande échelle (à cause de l&#8217;<em>effet de réseau</em> recherché) par une nouvelle puissance du marketing qui cherche actuellement à se reconfigurer, c&#8217;est à dire à <em>nous reconfigurer</em> puisque <strong>ces services de réseaux sociaux sur-déterminent et influencent notre conception de ces relations</strong>, de même qu&#8217;ils sur-déterminent la manière dont nous les ressentons et les éprouvons, ce qui va influer sur nos <strong>comportements</strong>.</p><p>La grammatisation numérique des relations n&#8217;est donc pas une substitution, elle est un ajout, une nouvelle donne qui s&#8217;ajoute à un existant tout en perturbant l&#8217;équilibre qui avait pu se mettre en place précédemment. Par exemple, on ne peut plus avoir ni pratiquer des relations diplomatiques de la même manière depuis <a
href="../../../../../2010/12/04/la-tragedie-wikileaks/">la tragédie Wikileaks</a>.</p><p>La grammatisation des relations introduit donc un désajustement (et non simplement une négation ou un substitution) qui correspond à une évolution du système technologique. Et l&#8217;on rejoint ici la description de Bertrand Gille de l&#8217;évolution des systèmes techniques. Toute nouvelle technologie, rajoute Bernard Stiegler, produit d&#8217;abord un phénomène de prolétarisation (pertes de savoir, de savoir-faire et de savoir-vivre) avant que ne se développe une <strong>nouvelle réflexivité</strong> par ceux-là mêmes qui ont éprouvé ce qui est aussi une perte de <em>saveur</em>. Cette nouvelle réflexivité ne peut être créative et normative que si elle est <em>aussi</em> collective, c&#8217;est à dire qu&#8217;elle va réajuster les modalités de l&#8217;individuation psychique et collective qui avaient été initialement court-circuitée.</p><p>L&#8217;enjeu de la grammatisation des relations via les technologies relationnelles reste donc de ne pas se faire déposséder du nécessaire réajustement qui est en train de se faire.</p> <span
class="post-twitter" ><a
href="http://twitter.com/home?status=Chez%20%40ChristianFaure%20%3A%20%22Les%20enjeux%20de%20la%20grammatisation%20des%20relations%22%20http%3A%2F%2Ftinyurl.com%2F6crqjdh" title="Signaler sur Twitter" rel="nofollow" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/twitter.com/home?status=Chez_20_40ChristianFaure_20_3A_20_22Les_20enjeux_20de_20la_20grammatisation_20des_20relations_22_20http_3A_2F_2Ftinyurl.com_2F6crqjdh&amp;referer=');">Signaler sur Twitter</a></span><p>Related posts:<ol><li><a
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isPermaLink="false">http://www.christian-faure.net/?p=1353</guid> <description><![CDATA[Ce que je recherche, c&#8217;est l&#8217;apparition d&#8217;un discours hypothétique. Apparition qui, par la force des choses, ne peut apparaître que comme texte hypothétique (qui celui-ci soit philosophique, mathématique, voire poétique.) Historiquement, il semble impossible de comprendre la genèse de la géométrie grecque sans garder à l’esprit que ce sont des « problèmes » qui ont [...]
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id="more-1353"></span><br
/> Du reste, ce trait de la science mathématique peut être facilement mis en évidence dans le texte platonicien. Dans le Ménon, par exemple, le problème est celui de l’inscriptibilité du triangle dans un cercle. De même, le texte de République VII (510), à propos du géomètre, nous parle de « l’objet que visait leur enquête ». Le géomètre est donc, de part son activité, quelqu’un qui cherche à résoudre des problèmes donnés : il ne part pas au hasard en s’en remettant à sa bonne étoile. Bien au contraire, il s’organise et met tout en œuvre pour, tel un chasseur, « capturer » la solution, et Platon lui-même, dans l’Euthydème, <strong>compare l’activité des géomètres à une chasse</strong>[1. Euthydème, 290 b-c].</p><p>Pourquoi la chasse ? Parce que dans la chasse il y a de la ruse (voir l&#8217;importance de la <a
id="nqwf" title="mètis" href="../2008/09/06/la-metis-de-google/">mètis</a> que je considère comme la version mythologique de l&#8217;algorithme), et pas de ruse sans calcul, c&#8217;est à dire ici sans hypothèses.</p><div
style="text-align: center;">*</div><p>Mais <strong>l’utilisation du raisonnement « par hypothèse » n’est pas pour autant une exclusivité de la pensée mathématique</strong>. Il se trouve en effet que le poème parménidien contient une utilisation implicite d’un raisonnement par hypothèse au sens de &laquo;&nbsp;simple-hypothèse&nbsp;&raquo;. Que l’on se souvienne du Fragment 2 du poème ;</p><p>« Eh bien je vais donc parler &#8211; toi, écoute mes paroles et retiens les &#8211; je vais te dire quelles sont les deux seules voies de recherche à concevoir : la première &#8211; comment il est et qu’il n’est pas possible qu’il ne soit pas &#8211; est le chemin auquel se fier &#8211; car il suit la vérité -. La seconde, à savoir qu’il n’est pas et que le non-être est nécessaire, cette voie, je te le dis, n’est qu’un sentier où ne se trouve absolument rien à quoi se fier. Car on ne peut ni connaître ce qui n’est pas &#8211; il n’y a pas là d’issue possible -, ni l’énoncer en une parole. »[2. Le poème de Parménide, Fg II, trad. J. Beaufret, Paris P.U.F 1955.]</p><p>Les hypothèses, qui ici ne sont pas nommées en tant que telles, sont pourtant <strong>présentes sous la forme de « voies de recherche »</strong>. Le poème de Parménide est un récit, aussi faut-il bien se garder de le comprendre comme une argumentation « scientifique » rigoureuse. De fait, si nous cherchons dans ce texte une utilisation à l’identique d’un raisonnement par hypothèse, comme le feront plus tard les mathématiques, nous ne le trouverons pas. Mais <strong>les prémisses </strong>qui rendent possible un tel raisonnement, elles, y sont certainement présentes.</p><p>En effet, la forme générale du poème est identique à la structure suivante ; de deux hypothèses (voies de recherche) possibles, l’une est une impasse, l’autre est donc la bonne voie à suivre :</p><blockquote><p>« Il ne reste donc plus qu’une seule voie dont on puisse parler (Fg. VIII) ».</p></blockquote><p>L’ancêtre du raisonnement « par hypothèse » dont parle le Socrate du Ménon est de toute évidence présent dans ce poème. Cela impliquerait que l’origine de ce dernier soit non pas mathématique mais bel et bien dialectique : il s’agit de trouver le bon chemin, la bonne voie permettant de <strong>sortir de l’aporie</strong>. Les hypothèses sont, dans une représentation spatiale des choses, les chemins ou sentiers qui se présentent à nous et au sujet desquels il faut se décider ( « d’entendement, décide de la thèse » Fg. VII.).</p><p>Mais, du coup, il faut insister sur le fait suivant : que l’hypothèse comprise comme simple-hypothèse n’a de sens que dans un certain type de raisonnement. Aussi nous faut-il énoncer la spécificité de ce raisonnement « par hypothèse ». Ce raisonnement bien particulier à aujourd’hui un nom : le raisonnement indirect ou raisonnement par l’absurde (<em>reductio ad absurdum</em>).</p><p>Ce dernier consiste à poser une hypothèse puis à démontrer que l’hypothèse contraire est impossible, ou absurde, et donc que la première hypothèse est vrai. C’est de ce type de raisonnement que <a
id="w-sj" title="Zénon d’Elée" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Z%C3%A9non_d%27%C3%89l%C3%A9e" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/fr.wikipedia.org/wiki/Z_C3_A9non_d_27_C3_89l_C3_A9e?referer=');">Zénon d’Elée</a> s’était fait le champion <strong>en démontrant que les thèses des partisans du mouvement conduisaient à des absurdités</strong>. Pour ce faire, il commençait par poser l’hypothèse que le mouvement existe, puis en déduisait des conséquences absurdes, dits paradoxes, montrant par là l’impasse que constitue l’hypothèse initiale.</p><p>La démonstration est dite <strong>indirecte en ce sens que ce n’est pas une hypothèse qui est démontrée mais l’impossibilité de l’hypothèse contraire </strong>[3. Remarquons ici que la vérité qui se dégage de ce raisonnement reste, tout comme dans le cas de la méthode elenctique, une vérité de cohérence. Mais ici, l’ « enchaînement » des raisons rend toutefois compte d’une rigueur et d’une exactitude à laquelle l’elenchus ne pouvait prétendre.<strong>]</strong>. La simple-hypothèse et le raisonnement indirect vont donc de pair ; l’un a sa raison dans l’autre et vis versa. Aussi, dans son Ménon, Platon parle-t-il d’un « raisonnement « par hypothèse » » et non pas tout simplement d’hypothèse. Car qui dit hypothèse au sens de simple-hypothèse ou d’hypothèse de travail, dit également et immanquablement raisonnement indirect. Et de fait, dans la présentation qu’en fait Platon on retrouve bien le cas typique d’un raisonnement indirect :</p><blockquote><p>« Quand on leur demande, à propos, par exemple, si tel triangle peut s’inscrire dans tel cercle, un géomètre répondra : ‘ je ne sais pas encore si cette surface s’y prête ; mais je crois à propos, pour le déterminer, de raisonner par hypothèse de la manière suivante : si telles conditions se présentent, le résultat sera ceci, et dans telle autre il sera cela. Ainsi est-ce par hypothèse, que je puis te dire ce qui arrivera pour l’inscription d’une surface du triangle dans le cercle, si elle sera possible ou non. ‘ »</p></blockquote><p>Si donc on veut exposer au mieux la distinction entre l’hypothèse en général &#8211; celle qui sert de principe &#8211; et la simple-hypothèse, il faut garder à l’esprit que la simple-hypothèse n’existe pas seule puisqu’elle apparaît à chaque fois comme étant un moment d’un certain type de raisonnement que nous appelons raisonnement indirect ou raisonnement par l’absurde, et que Platon nommait raisonnement par hypothèse.</p><p><strong>L&#8217;invention de l&#8217;hypothèse (au sens de simple-hypothèse de travail) fait corps avec le développement des techniques algorithmiques</strong>, au même moment où le processus de grammatisation des langues commence à se déployer.</p> <span
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href="http://twitter.com/home?status=Chez%20%40ChristianFaure%20%3A%20%22Le%20devenir%20algorithmique%20%283%29%20%3A%20l%27invention%20de%20l%27hypoth%C3%A8se%22%20http%3A%2F%2Ftinyurl.com%2Fybqnlfq" title="Signaler sur Twitter" rel="nofollow" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/twitter.com/home?status=Chez_20_40ChristianFaure_20_3A_20_22Le_20devenir_20algorithmique_20_283_29_20_3A_20l_27invention_20de_20l_27hypoth_C3_A8se_22_20http_3A_2F_2Ftinyurl.com_2Fybqnlfq&amp;referer=');">Signaler sur Twitter</a></span><p>Related posts:<ol><li><a
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isPermaLink="false">http://www.christian-faure.net/?p=1316</guid> <description><![CDATA[Adolphe Blanqui fit le voyage en Angleterre, comme de nombreux économistes français du début du 19° siècle,  pour comprendre le miracle de l&#8217;industrie anglaise. Il publiera ainsi son &#171;&#160;Voyage d&#8217;un jeune Francais en Angleterre et en Ecosse, pendant l&#8217;automne de 1823&#160;&#187; dans lequel il écrit avoir été le plus surpris devant : &#171;&#160;les machines merveilleuses [...]
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href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Adolphe_Blanqui" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/fr.wikipedia.org/wiki/Adolphe_Blanqui?referer=');">Adolphe Blanqui</a> fit le voyage en Angleterre, comme de nombreux économistes français du début du 19° siècle,  pour comprendre le miracle de l&#8217;industrie anglaise.</p><p>Il publiera ainsi son &laquo;&nbsp;<span
id="main" style="visibility: visible;"><span
id="search" style="visibility: visible;"><em>Voyage d&#8217;un jeune Francais en Angleterre</em> et en Ecosse<em>, pendant l&#8217;automne de 1823</em>&nbsp;&raquo; dans lequel il écrit avoir été le plus surpris devant :</span></span></p><blockquote><p><span
style="visibility: visible;"><span
style="visibility: visible;">&laquo;&nbsp;les machines merveilleuses auxquelles on est parvenu à donner assez d&#8217;esprit pour remplacer les hommes&nbsp;&raquo; p.80</span></span></p></blockquote><p><span
style="visibility: visible;"><span
style="visibility: visible;">Cette citation, rapportée par Bertrand Gille dans ses <a
href="http://openlibrary.org/b/OL218051M/Recherches_sur_la_formation_de_la_grande_entreprise_capitaliste_%281815-1848%29" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/openlibrary.org/b/OL218051M/Recherches_sur_la_formation_de_la_grande_entreprise_capitaliste_281815-1848_29?referer=');">Recherches sur la formation de la grande entreprise capitaliste</a> est à la fois frappante de naïveté et en même temps très juste. Cet &laquo;&nbsp;esprit qui remplace les hommes&nbsp;&raquo; n&#8217;est autre qu&#8217;une manifestation de l&#8217;algorithme qui, en coordination avec la grammatisation, commence à engrammer les gestes.</span></span></p> <span
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isPermaLink="false">http://www.christian-faure.net/?p=1253</guid> <description><![CDATA[Dans le devenir algorithmique (1), j&#8217;ai indiqué pourquoi Platon, au moment du Gorgias, avait abandonné la méthode élenctique pour introduire des pratiques qui proviennent essentiellement des mathématiciens pré-socratiques. Le discours philosophique ne peut plus se contenter d&#8217;une apparence de vérité reposant sur des opinions vraies qui ne se contredisent pas ; il s&#8217;agit à présent [...]
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id="zdbs" title="le devenir algorithmique (1)" href="../2009/08/08/le-devenir-algorithmique-1-quand-platon-rencontre-les-mathematiques/">le devenir algorithmique (1)</a>, j&#8217;ai indiqué pourquoi Platon, au moment du <em>Gorgias</em>, avait abandonné la méthode élenctique pour introduire des pratiques qui proviennent essentiellement des mathématiciens pré-socratiques. Le discours philosophique ne peut plus se contenter d&#8217;une apparence de vérité reposant sur des opinions vraies qui ne se contredisent pas ; il s&#8217;agit à présent d&#8217;<strong>enchaîner les idées entre elles</strong> pour produire de la science et des idées stables.</p><p>Une des méthodes mathématiques en question repose sur <strong>l&#8217;utilisation des hypothèses dans l&#8217;argumentation</strong>. Le terme d&#8217;hypothèse est protéiforme à cette époque, et il nous faudra en proposer une cartographie, mais on peut être scolaire en la matière et commencer par rappeler que l&#8217;hypothèse désigne mot-à-mot de <strong>ce qui se tient sous la thèse</strong>. La thèse étant à la fois ce qui se tient debout, qui est stable et, par extension, <strong>le propos que l&#8217;on soutient en public</strong>.</p><p
style="text-align: left;">Mais pourquoi Platon doit-il en passer par l&#8217;utilisation d&#8217;hypothèses dans son discours ?<br
/> <img
class="aligncenter" style="margin-top: 10px; margin-bottom: 10px;" title="Hypothèse" src="http://biology.ucf.edu/~pascencio/images/Hypothesis.jpg" alt="" width="417" height="457" /><span
id="more-1253"></span>On sait que dans le <em>Ménon</em>, Socrate affirmait qu’il fallait considérer « comme un devoir de chercher ce que nous ignorions », car cela nous rendait « meilleurs, plus énergiques, moins paresseux » [1. Ménon, 86 b.]. Seulement voilà : <strong>comment le Socrate, qui affirme par ailleurs &laquo;&nbsp;savoir qu&#8217;il ne sait rien&nbsp;&raquo;, peut-il chercher une chose qu&#8217;il avoue ignorer ?</strong> C&#8217;est un problème frontal que n&#8217;esquive pas Platon en faisant dire à son Ménon :</p><blockquote><p
style="text-align: left;">&laquo;&nbsp;Et de quelle façon chercheras-tu, Socrate, cette réalité dont tu ne sais absolument pas ce qu&#8217;elle est ? Laquelle des choses qu&#8217;en effet tu ignores, prendras-tu comme objet de ta recherche ? Et si même, au mieux, tu tombais dessus, comment saurais-tu qu&#8217;il s&#8217;agit de cette chose que tu ne connaissais pas ?&nbsp;&raquo; [2. Ménon, 80d]</p></blockquote><p
style="text-align: left;">On comprend mieux à présent <strong>le rôle assigné aux hypothèses</strong>, et plus précisément au raisonnement par hypothèses, lorsque Socrate affirme :</p><blockquote><p
style="text-align: left;">« Nous allons donc, si je ne me trompe, essayer de découvrir la qualité d’une chose dont nous ignorons la nature. Que ta toute-puissance du moins me fasse une très légère concession : accorde-moi d’examiner  « par hypothèse » si la vertu peut s’enseigner ou non. »[3. Ménon, 86e]</p></blockquote><p
style="text-align: left;">La question <em>« comment chercher une chose dont on ne sait rien ? »</em> pose explicitement le problème du point de départ d’une investigation, car enchaîner les idées ne suffit pas : il faut bien commencer par quelque chose, un premier maillon qui ne tient à &#8230; rien.</p><p
style="text-align: left;">Si la méthode <em>élenctique</em> aboutissait à un accord entre les interlocuteurs <strong>à la fin de la discussion</strong>, on voit qu’ici l’ordre est inversé, car Socrate commence par demander à Ménon son accord <strong>pour commencer la discussion</strong>. Le recours à l’hypothèse commence là où s’arrêtait la méthode elenctique, c’est-à-dire par un accord. Mais ce dernier est un accord bien particulier car c’est <strong>un accord de « concession »</strong>, dont chacun des protagonistes reconnaît le caractère provisoire.</p><p>La puissance du recours à l&#8217;hypothèse réside précisément là : elle introduit l&#8217;inconnu dans le discours lui-même. Le discours qui est le lieu de la raison et de la connaissance<strong> accueille en son sein de l&#8217;inconnu</strong>. C&#8217;est l&#8217;hypothèse qui permet de <strong>poser quelque chose qu&#8217;on ne connaît pas</strong> : elle fait pénétrer de l&#8217;inconnu dans le raisonnement (et peut-être n&#8217;y a-t-il pas de raisonnement sans cette part d&#8217;inconnu sans quoi tout discours serait liturgique). Faire des hypothèses, c&#8217;est introduire l&#8217;<strong>inconnu comme moteur du raisonnement</strong>.</p><p>C&#8217;est cette technique, mise au point par les mathématiciens grecs, qui va permettre à Platon de <strong>penser à nouveau frais sa méthode dialectique</strong> en se sortant de l&#8217;aporie qui consiste à chercher quelque chose que l&#8217;on ne connaît pas.</p><p>Toutefois, la banalité avec laquelle nous utilisons aujourd’hui le terme d’ « hypothèse » ne doit pas nous faire oublier <strong>la radicale nouveauté de cette technique</strong>. Pour ce faire, remarquons avec quelle condescendance Socrate s’excuse d’avoir recours à un tel procédé. Ce qui indique le caractère inhabituel d’une telle requête (et même inédit dans l’œuvre antérieure de Platon). De plus, la façon  même dont est introduit le recours à l’hypothèse <strong>nous renseigne sur son usage</strong> ;  le terme de « concession », ainsi que l’expression « accorde-moi » indiquent clairement que ce qui va être proposé comme point de départ de la recherche n’a de validité que si l’interlocuteur donne son accord <strong>en suspendant et réservant son jugement</strong>. Aussi n’est il pas rare de constater que Platon utilise parfois le terme d’« <em>omologemata</em> » (ce qui est accordé) à la place de celui d’ &laquo;&nbsp;<em>hypothesis</em>&laquo;&nbsp;. Mais la concession et la suspention n&#8217;est que provisoire et intermédiaire : l&#8217;hypothèse est là comme &laquo;&nbsp;boostrap&nbsp;&raquo; pour nous plonger au coeur du problème, pour nous aider à mettre le pied à l&#8217;étrier du raisonnement.</p><div
style="text-align: center;">*</div><p>Relativement la question du devenir algorithmique qui nous occupe, le recours à la technique des hypothèses est crucial en ce sens qu&#8217;elle autorise des opération sur des inconnues, sur des variables. Avec l&#8217;algorithmie, on commence toujours par poser les inconnus, car même si on ne les connaît pas, rien n&#8217;empêche de les manipuler dans le discours, de les élucider et de les dévoiler chemin faisant.</p><p>Dans un programme informatique on déclare souvent des <strong>variables</strong> et on donne à leur <strong>type</strong> un <strong>statut</strong> (entier, booléen, texte, etc.) pour <strong>réserver des emplacements mémoire</strong>. Ce qui nous montre également que les liens entre mémoire et hypothèse sont fort, j&#8217;irai même jusqu&#8217;à affirmer que faire des hypothèse est une mnémotechnique : on &laquo;&nbsp;monte&nbsp;&raquo; des inconnues, des variables, en mémoire.</p><p>En tant que technique de mémoire, la méthode par hypothèse <strong>n&#8217;est pas sans risque</strong> dans les techniques de programmation, car les choses en mémoire doivent avoir des emplacements et des zones réservées. Et, quand il commence à y en avoir beaucoup  &#8211; une forme de passage aux limites &#8211; cela peut devenir problématique. On essaye bien de<strong> limiter les effets de bords</strong> que des erreurs dans la manipulation de ces &laquo;&nbsp;emplacements mémoire&nbsp;&raquo; pourrait engendrer, par exemple en déclarant des variables locales et non générales, mais cela n&#8217;efface pas les difficultés auxquelles on doit faire face lorsqu&#8217;il y a des enjeux de parallélisation des calculs (notamment dans le cloud computing)</p><p>C&#8217;est ainsi une limite qu&#8217;éprouve la programmation impérative qui travaille à partir des états de mémoire. <a
id="pnni" title="Wikepedia" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Programmation_fonctionnelle" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/fr.wikipedia.org/wiki/Programmation_fonctionnelle?referer=');">Wikepedia</a> précise que, &laquo;&nbsp;en programmation impérative, on travaille sur le modèle des machines à états (cf. <a
title="Automate fini" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Automate_fini" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/fr.wikipedia.org/wiki/Automate_fini?referer=');">Automate fini</a>, <a
title="Machine de Turing" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Machine_de_Turing" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/fr.wikipedia.org/wiki/Machine_de_Turing?referer=');">machine de Turing</a> et <a
title="Architecture de von Neumann" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Architecture_de_von_Neumann" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/fr.wikipedia.org/wiki/Architecture_de_von_Neumann?referer=');">Architecture de von Neumann</a>), avec une mémoire centrale et des instructions qui modifient son état grâce à des affectations successives&nbsp;&raquo;. Or, au bout d&#8217;un moment, trop d&#8217;utilisations de variables en mémoire peut provoquer des effets de bords, et c&#8217;est ce à quoi pallie la programmation fonctionnelle qui, par principe, n&#8217;utilise pas des variables (des <em>mutable states</em>) et donc des états de mémoire variables. Le même article de Wikepedia indique en effet que &laquo;&nbsp;<a
href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Programmation_fonctionnelle" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/fr.wikipedia.org/wiki/Programmation_fonctionnelle?referer=');">la programmation fonctionnelle</a> s&#8217;affranchit de façon radicale des effets secondaires en interdisant toute opération d&#8217;affectation&nbsp;&raquo;.</p><div
style="text-align: center;">*</div><div
style="text-align: left;">Dans la prochaine note il me faudra donner quelques exemple d&#8217;utilisation de ces premières <em>techniques hypothétiques</em>. Pour cela nous parlerons de poésie avec Parménide, des travaux du géomètre Hippocrate de Chio, mais aussi de chasse, de problème et de méthode. Ce qui, je l&#8217;espère, permettra de <strong>caractériser l&#8217;invention de l&#8217;hypothèse</strong>.</div><div
style="text-align: left;"></div><div
style="text-align: left;">&#8212;</div><div
style="text-align: left;"><strong>Notes :</strong></div></p> <span
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isPermaLink="false">http://www.christian-faure.net/?p=1212</guid> <description><![CDATA[Par &#171;&#160;devenir algorithmique&#160;&#187; j&#8217;entends tout d&#8217;abord une grille de lecture qui me permet d&#8217;appréhender l&#8217;évolution de la pensée et des savoirs. Le champ de la connaissance est en effet si vaste que nous devons tous nous forger nos méthodes et nos outils pour pouvoir l&#8217;explorer sans pour autant nous y perdre irrémédiablement. Je précise tout [...]
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href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Abou_Jafar_Muhammad_Ibn_M%C5%ABsa_al-Khuw%C4%81rizm%C4%AB" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/fr.wikipedia.org/wiki/Abou_Jafar_Muhammad_Ibn_M_C5_ABsa_al-Khuw_C4_81rizm_C4_AB?referer=');">Al Khuwarizmi</a> qui lui a donné son nom.</p><div
id="paex" style="text-align: left;"><img
class="aligncenter" style="border: 2px solid grey; margin-top: 10px; margin-bottom: 10px;" src="https://docs.google.com/a/christian-faure.net/File?id=dgc94t4h_133gwrgcbqk_b" alt="" width="282" height="201" /></div><p>J&#8217;ai d&#8217;ailleurs déjà publié une note qui introduisait à la question du <a
href="../2009/04/26/le-devenir-algorithmique/">devenir algorithmique</a>, note que je vous invite à consulter avant de poursuivre votre lecture. Mais, à présent, je souhaite aller plus en profondeur, quitter le champ des intuitions et me mettre &laquo;&nbsp;au travail&nbsp;&raquo;, comme on dit.<br
/> <span
id="more-1212"></span><br
/> Cela commence par la nécessité de mettre en évidence <strong>les différentes pièces du puzzle</strong> et, puisqu&#8217;il est question de &laquo;&nbsp;devenir&nbsp;&raquo;, de regarder d&#8217;abord en arrière et d&#8217;interroger <strong>la provenance des concepts qui constituent la dimension algorithmique</strong> que je souhaite forger. Pour mettre en évidence ce devenir algorithmique, j&#8217;ai cherché dans les textes que je connais &#8211; surtout philosophiques -  les embryons de &laquo;&nbsp;pratiques algortihmiques&nbsp;&raquo;.</p><p>Très rapidement, deux choses se sont dessinées :</p><ul><li>le rôle de l&#8217;hypothèse d&#8217;une part ;</li><li>son utilisation par Platon d&#8217;autre part.</li></ul><p>La suite de cette première partie commencera donc par aborder <strong>la question de l&#8217;hypothèse chez Platon</strong>. Mais pourquoi pas tout de suite ? Pourquoi tant attendre ? Tout simplement parce que cela peut aujourd&#8217;hui paraître incongru de parler <strong>&laquo;&nbsp;d&#8217;invention de l&#8217;hypothèse&nbsp;&raquo;</strong> comme je le ferai la prochaine fois. Cela nous semble évident de faire des hypothèses, mais il a bien fallu que quelqu&#8217;un l&#8217;invente un jour! Les programmeurs d&#8217;aujourd&#8217;hui vivent l&#8217;utilisation de l&#8217;hypothèse <strong>comme une évidence que l&#8217;on interroge même pas</strong>, car comment programmer sans des &laquo;&nbsp;if&nbsp;&raquo; ? Sans pourvoir tester si une hypothèse est vraie ou fausse ?</p><p>Il faut donc interroger cette <strong>origine de l&#8217;hypothèse</strong> et remettre en question son évidence pour planter solidement la question du devenir algorithmique, et c&#8217;est à partir des textes de Platon que je me sens le plus à l&#8217;aise de le faire. Pour cela, je commencerai par repartir d&#8217;une note sur <a
href="../2006/05/18/lelenchus-de-platon/">l&#8217;<em>elenchus</em> de Platon</a> que j&#8217;avais déjà publiée il y a quelques années.</p><div
style="text-align: center;">**</div><p>L’« <em>elenchus</em> » est cette méthode socratique qu’Aristote nomme « peirastique ». Elle suppose qu’<strong>une thèse est réfutée quand et seulement quand on peut déduire sa négation « des propres croyances du répondant »</strong>. Seule condition requise de la part de l’interlocuteur de Socrate ; l’<strong>honnêteté </strong>de dire ce qu’il pense et croît réellement. Par exemple dans le Gorgias (495a) ;</p><blockquote><div
style="margin-left: 40px;">« Calliclès, tu es en train de démolir tout ce qui avait été dit auparavant et n’auras même plus les qualités requises pour chercher avec moi ce qui est vrai si tu te mets à dire des choses contraires à ce que tu penses. »</div></blockquote><p>L’<em>elenchus</em> est une méthode de réfutation qui ne peut établir qu’<strong>une certaine forme de vérité, celle relevant de la </strong><strong>cohérence</strong>. Si l’ensemble des propositions avancées par l’interlocuteur ne se contredisent pas, et sont cohérentes entre elles, alors la thèse doit être tenue pour vrai en ce qu’elle vérifie le principe de non-contradiction, critère dirimant de toute cohérence.</p><p>Cette méthode « elenctique » est la méthode de réfutation socratique par excellence dans les premiers dialogues de Platon. Jusqu’au <em>Gorgias</em>, les interlocuteurs de Socrate sont de jeunes gens dont un certain niveau de connaissances n’est en aucune façon nécessaire au bon déroulement de l’entretien. Seule l’honnêteté de dire réellement ce qu’ils pensent est alors requise. Le dialogue philosophique qu’instaure le Socrate des premiers dialogues platoniciens est donc sensé être <strong>accessible à n’importe quel <em>quidam</em></strong> ; cela est d’ailleurs tout à fait en accord avec l’image que l’on peut se faire d’un Socrate discutant dans les rues d’Athènes, au gré de ses rencontres.</p><p
style="text-align: center;"><img
class="aligncenter" style="border: 2px solid grey; margin-top: 10px; margin-bottom: 10px;" src="https://docs.google.com/a/christian-faure.net/File?id=dgc94t4h_136c4zq252p_b" alt="" width="120" height="181" /></p><p>Quelle distance pourtant, entre cette conception de la dialectique, et celle des livres centraux de la <em>République</em> où il est dit que les futurs philosophes devront <strong>étudier la mathématique pendant dix années avant de pouvoir s’entretenir sur la nature du Bien</strong>, sous peine d’être corrompus. De fait, le <em>Gorgias</em> est un dialogue qui marque la fin d’une période de la pensée platonicienne et il me semble judicieux de tenter d’expliquer et de comprendre cette évolution à partir de l’influence grandissante de la pensée mathématique sur Platon.</p><div
id="jp7j" style="text-align: left;"><div
id="ew7." style="text-align: left;"><img
class="aligncenter" style="border: 2px solid grey; margin-top: 10px; margin-bottom: 10px;" src="https://docs.google.com/a/christian-faure.net/File?id=dgc94t4h_137ccwr5rf6_b" alt="" width="140" height="185" /></div></div><p>A cet égard, le premier voyage que Platon fit à Syracuse fût très certainement déterminant. Là, nous dit Cicéron :</p><blockquote><div
style="margin-left: 40px;">« Platon s’est consacré aux Pythagoriciens et à leurs études, passant beaucoup de temps avec <a
id="f9yc" title="Archytas de Tarente" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Archytas_de_Tarente" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/fr.wikipedia.org/wiki/Archytas_de_Tarente?referer=');">Archytas de Tarente</a> et <a
id="uvqj" title="Timée de Locres" href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Tim%C3%A9e_de_Locres" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/fr.wikipedia.org/wiki/Tim_C3_A9e_de_Locres?referer=');">Timée de Locres</a> »[1. De la République I, 10.16].</div></blockquote><div
id="w3te" style="text-align: left;"><img
class="alignleft" style="border: 2px solid grey; margin: 10px;" src="https://docs.google.com/a/christian-faure.net/File?id=dgc94t4h_135g8g5dpzn_b" alt="" width="142" height="178" /></div><p>Comment ne pas opposer la figure d’<strong>Archytas</strong> à celle de Socrate ? Archytas était un mathématicien brillant, un des premiers hommes politiques de sa cité, il a été élu et réélu général années après années tandis que Socrate déconseillait l’étude des mathématiques avancées et s’était retiré impuissant de la politique athénienne, convaincu qu’elle était irrémédiablement corrompue. Le <em>Gorgias</em>, qui fut vraisemblablement écrit au retour de ce premier voyage en Grande Grèce (aujourd&#8217;hui la Sardaigne et le sud de l&#8217;Italie), peut donc être lu comme <strong>le dernier texte où « Socrate » ressemble encore au Socrate historique.</strong></p><p>Certes, les questions socratiques par excellence comme celles de la vertu ou du bien vont perdurer, mais la façon et la méthode de les instruire n’est plus la même. Influencé par la rigueur de la méthode mathématique à laquelle il s’initie, Platon va résolument abandonner la méthode socratique de l’<em>elenchus</em>. Qu’elles sont donc les limites de cette méthode ?</p><div
style="text-align: center;">*</div><p>Ces limites sont en fait au nombre de deux :</p><ul><li>Tout d’abord la vérité que l’<em>elenchus</em> peut produire n’est, je l’ai souligné, qu’une vérité de cohérence, en somme <strong>une vérité par défaut</strong> ; passées au crible des questions socratiques, les thèses de l’interlocuteur qui sont incohérentes sont éliminées comme on déracine des mauvaises herbes. Ne finira donc par rester debout que des vérités. Mais jusqu&#8217;à quand ? Car rien ne garanti avec certitude que dans l’avenir une nouvelle thèse ne remette en question la cohérence actuelle des thèses entres elles. Manque donc à la méthode <em>élenctique</em> une véritable certitude, <strong>une assurance bien plus grande que celle qui naît d’un simple consensus basé sur l’honnêteté et le bon sens</strong> [2. De fait, la méthode <em>élenctique</em> ne peut que rester impuissante face aux sophistes qui, justement, n’ont pas la bonne volonté et l’honnêteté de dire réellement ce qu’ils pensent. Le Socrate de l’<em>elenchus</em> ne peut donc que tourner le dos à la sophistique sans la combattre comme ce sera le cas dans le <em>Sophiste</em>. A l’époque du <em>Gorgias</em> et avant, Socrate peut tout au plus s’énerver comme il le fait quand Protagoras déclare, en réponse à la question de Socrate : « Mais qu’est-ce que cela peut faire ? Mettons qu’il en soit ainsi si tu veux », Socrate répond en colère ; « Je ne veux pas de cela. Car je ne veux pas réfuter tes ‘si tu penses cela’ ou tes ‘si tu veux’ mais toi et moi. Je dis <em>toi</em> et <em>moi</em> parce que je pense que la thèse est mieux réfutée si tu enlève les si.» (Protagoras, 331c.)].</li></ul><ul><li>La deuxième limite qu’il faut relever est que Socrate <strong>ne fait qu’examiner la thèse que lui soumet son interlocuteur.</strong> Cela suppose nécessairement que celui-ci, malgré toutes ses croyances fausses, porte en lui une certaine part de vérité, ainsi le chemin vers la vérité est conditionné par le fait &#8211; tout à fait contingent &#8211; que tel interlocuteur possède, dans ses croyances, un fond de véracité. Bref, dans une recherche de la vérité, la part qui revient à un interlocuteur quelconque, face à un Socrate qui avoue savoir qu’il ne sait rien, est bien trop importante pour que le succès soit réellement au rendez-vous à chaque entretien. Aussi, dès les dialogues postérieurs au <em>Gorgias</em>, Socrate mène-t-il plus activement la discussion en réfutant bien souvent des thèses qu’il avait lui-même auparavant émis.</li></ul><p>De tout ceci il résulte que l’exigence d’une certitude indubitable doit dépasser le consensus elenctique. En d’autres termes, <strong>il faut passer de l’opinion vrai à la science </strong>ainsi que le suggère le Socrate du <em>Ménon</em> ;</p><blockquote><div
style="margin-left: 40px;">« Celles-ci [i.e. les opinions vraies], tant qu’elles demeurent, il faut se féliciter, car elle ne produisent que des avantages ; mais elles ne consentent pas à rester longtemps et s’échappent bientôt de notre âme, de sorte qu’elles ont peu de valeur, tant qu’on ne les a pas enchaînées par un raisonnement de causalité.(&#8230;) Les a-t-on enchaînées, elles deviennent science et par suite stables ; et voilà pourquoi la science a plus de valeur que l’opinion vrai : à la différence de l’opinion vraie elle est un enchaînement »[3. Ménon, 97e].</div></blockquote><p>C’est là, me semble-t-il, que l’influence de la mathématique va être déterminante : au fur et à mesure que Platon s’initie à cette science, le Socrate des dialogues devient de plus en plus mathématicien. Et le dialogue dans lequel l’importance de la science mathématique émerge reste bien évidemment le <em>Ménon</em> où Socrate n’est plus celui qui sait qu’il ne sait rien puisqu’il apparaît désormais comme quelqu’un de <strong>particulièrement versé en géométrie</strong>. La question est à présent la suivante ; en quoi la méthode des géomètres supplante-t-elle l’ancienne <em>elenchus</em> socratique ? Avec l’extrait du <em>Ménon</em> précédemment cité, on voit bien que c’est l’ « enchaînement » qui confère la scientificité à un discours. Mais avant cela il y a, nous semble-t-il, une autre notion qui doit mériter toute notre attention : celle d&#8217;<strong>hypothèse</strong>.</p><p>Lire la suite : <a
href="http://www.christian-faure.net/2009/08/10/le-devenir-algorithmique-2-connaitre-linconnu/">Le devenir algorithmique (2) : connaître l&#8217;inconnu</a></p><p
style="text-align: center;">&#8212;</p><p><strong>Notes :</strong></p> <span
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isPermaLink="false">http://www.christian-faure.net/?p=1154</guid> <description><![CDATA[Il y a une tendance qui n&#8217;a certainement échappé à personne, c&#8217;est la complexité croissante, je ne dis même plus du prix mais du système tarifaire des produits et services. C&#8217;est d&#8217;ailleurs une remarque que m&#8217;a faite Yves Marie Pondaven à propos de l&#8217;aberration de certaines politiques tarifaires dans l&#8217;IT. Il est vrai que, dans [...]
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id="iu98" title="Yves Marie Pondaven" href="http://blog.pondaven.net/" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/blog.pondaven.net/?referer=');">Yves Marie Pondaven</a> à propos de l&#8217;aberration de certaines politiques tarifaires dans l&#8217;IT. Il est vrai que, dans le milieu de l&#8217;informatique, on est plutôt bien servis.</p><p>J&#8217;ai arrêté d&#8217;essayer de comprendre les mécanismes de CAL de Microsoft ou encore les systèmes modulaires et les options de SAP. De toute façon on se trompe toujours, à croire que ceux qui réfléchissent aux tarifs chez les éditeurs doivent se dire :</p><blockquote><p>&laquo;&nbsp;si quelqu&#8217;un comprend mon mécanisme tarifaire, c&#8217;est qu&#8217;il n&#8217;est plus bon et qu&#8217;il est temps d&#8217;en changer&nbsp;&raquo;.</p></blockquote><p>Tout est fait pour qu&#8217;il n&#8217;y ait <strong>pas de comparaison possible</strong> avec d&#8217;autres produits ou services, car une marque tend à vouloir se rendre <strong>incommensurable</strong> avec les autres marques. D&#8217;ailleurs, l&#8217;ensemble de la stratégie marketing est bien souvent guidée vers la recherche d&#8217;un avantage compétitif singulier et différenciant. Dites à un éditeur de logiciel qu&#8217;il est en concurrence avec un autre et il vous répondra que non, il est sur un positionnement différent, et que ce n&#8217;est pas comparable, etc.<br
/> <span
id="more-1154"></span>Si l&#8217;on sort du périmètre retreint du monde de l&#8217;IT, on constate que la multiplication des produits et de leurs déclinaisons nous met face à un &laquo;&nbsp;hyperchoix&nbsp;&raquo; qui risque de paralyser l&#8217;acte de choix dans la consommation. Ainsi j&#8217;ai récemment achété un appareil photo et le choix entre Sony, Nikon, Cannon, etc. n&#8217;a pas été une mince affaire : c&#8217;est un véritable projet comparatif qu&#8217;il faut mener ! C&#8217;est ce que souligne magnifiquement Marie-Anne Dujarier dans son ouvrage <a
href="http://www.amazon.fr/travail-consommateur-comment-coproduisons-achetons/dp/2707154679/ref=sr_1_1?ie=UTF8&amp;s=books&amp;qid=1245875737&amp;sr=8-1" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/www.amazon.fr/travail-consommateur-comment-coproduisons-achetons/dp/2707154679/ref=sr_1_1?ie=UTF8_amp_s=books_amp_qid=1245875737_amp_sr=8-1&amp;referer=');">Le travail du consommateur</a> où elle parle de l&#8217;acte d&#8217;achat dans une société de l&#8217;hyperchoix :</p><blockquote><p>&laquo;&nbsp;Quel que soit le produit, l&#8217;offre est devenue complexe, foisonnante, diversifiée, &laquo;&nbsp;multicritérisée&nbsp;&raquo;. Elle change à des rythmes accrus, est disposée de manière à &laquo;&nbsp;piéger&nbsp;&raquo; le consommateur et rend le plus souvent la comparaison impossible&nbsp;&raquo;. p.157</p></blockquote><p>Mais, comme le soulignaient F. Larceneux et R. Berger en 2006, dans &laquo;&nbsp;Tests statistiques sur l’hyperchoix et les stratégies du consommateur&nbsp;&raquo; (<a
id="xqbk" title="télécharger l'étude en PDF" href="http://www.credoc.fr/pdf/Rech/C226.pdf" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/www.credoc.fr/pdf/Rech/C226.pdf?referer=');">télécharger l&#8217;étude en PDF</a>), le nombre croissant de produits disponibles et leurs déclinaisons associées placent le consommateur</p><blockquote><p>&laquo;&nbsp;dans une situation d&#8217;hésitation et d&#8217;incompréhension de l&#8217;offre, ce qui peut même conduire à ne plus acheter&nbsp;&raquo;</p></blockquote><p>Alors forcément, je ne vous étonnerai pas si je vous dis qu&#8217;en tapant &laquo;&nbsp;comparison&nbsp;&raquo; dans google on obtient 179 millions de résultats. Car il y a toute une <strong>industrie de la comparaison des produits et services</strong> qui s&#8217;est mise en place : test, banc d&#8217;essai, comparateur de prix, forum, etc. Tout est là pour &laquo;&nbsp;aider&nbsp;&raquo; le consommateur à faire son choix face à l&#8217;hyperchoix. Cela n&#8217;est d&#8217;ailleurs pas propre au web, regardez chez n&#8217;importe quel marchand de journaux, et vous observerez le pourcentage des magazines qui sont là pour vous accompagner dans votre choix : tests des produits ou services, avis d&#8217;experts, retours d&#8217;expérience des lecteurs au sujets de : photo, vidéo, informatique, jeux vidéo, placements financiers, habitat, immobilier, produits de beauté, etc.</p><p>Les critiques de littérature et de cinéma sont peut être les premières figures de cette industrie de la comparaison qui ne cesse de croître et de muter durant le XX° siècle pour en arriver au constat fait récemment par des revues de défense des consommateurs qui &laquo;&nbsp;observent régulièrement que la comparaison des tarifs (bancaires, assurances, services..) relève maintenant de l&#8217;exploit.</p><p>La logique qui se met ainsi en place consiste à paralyser les processus cognitifs des consommateurs pour que le choix ne puisse plus être rationnel. L&#8217;entreprise concentre sa capacité marketing à créer des systèmes tarfiaires d&#8217;une complexité croissante. Ainsi, <strong>le prix devient de plus en plus un algorithme</strong>, comme c&#8217;est le cas notamment avec le &laquo;&nbsp;yield management&nbsp;&raquo; qui fait varier le prix selon le temps et qui amène le consommateur à &laquo;&nbsp;comparer des tarifs qui évoluent à mesure qu&#8217;il les étudie&nbsp;&raquo;. Cela devient un algorithme car, un prix, cela a une <a
href="http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lasticit%C3%A9-prix" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/fr.wikipedia.org/wiki/_C3_89lasticit_C3_A9-prix?referer=');">élasticité</a> : il y a un prix plancher et un prix maximum pour chaque produit et le &laquo;&nbsp;juste prix&nbsp;&raquo;, pour l&#8217;entreprise qui vend, se situe entre ces deux extrêmes qui définissent l&#8217;amplitude du prix au delà de laquelle le produit risque de décrocher et de ne plus être viable sur le marché (baisser un prix pour vendre plus n&#8217;est pas une règle qui marche systématiquement, et revenir en arrière peut être désastreux).</p><p>Vers où cela peut-il nous mener ?</p><p>je pense qu&#8217;après la phase de multiplication des produits et services en une combinatoire infinie, l&#8217;objectif va être de pouvoir faire payer le même produit ou service plus ou moins cher en fonction d&#8217;un nombre plus important de critères : toutes les données collectées sur l&#8217;acheteur, le moment, le mode et le lieu d&#8217;achat. Car ce que le marketing sait, c&#8217;est que <strong>pour un même produit, le désir d&#8217;achat n&#8217;est pas le même pour tout le monde</strong>. La question est donc : comment faire payer plus à ceux qui sont prêts à le faire, et moins aux autres. C&#8217;est à dire comment exploiter au maximum toute l&#8217;amplitude des degrés de facturation qu&#8217;autorise l&#8217;élasticité du prix <strong>sans être contraint d&#8217;afficher un prix unique</strong>, correspondant à une moyenne non optimisée.</p><p>La vieille loi de l&#8217;offre et de la demande relève bien sûr de cette tendance au &laquo;&nbsp;devenir algorithmique des tarifications&nbsp;&raquo;, mais elle prend une toute autre dimension à présent avec la connaissance que les entreprises ont des comportements individuels des consommateurs. On est passé <strong>de la loi de l&#8217;offre et de la demande</strong> à<strong> la loi <em>des</em> offres et <em>des</em> demandes</strong>. Maintenant que la récupération de nos traces est devenue une réalité en terme de <em>data</em> collectées, il va falloir faire tourner de nouveaux algorithmes capables d&#8217;exploiter ces nouvelles données issus du domaine de la discrétisation due au processus de grammatisation (celles de nos pratiques numériques aujourd&#8217;hui, mais aussi celles de nos activités au sens large avec l&#8217;internet des objets demain). Les algorithmes travaillent à présent avec les sommes infinitésimales des informations collectées sur des consommateurs avec la promesse de pouvoir dire :</p><blockquote><p>&laquo;&nbsp;pour Mme Michu, ce produit coûte tant d&#8217;euros, à l&#8217;instant où je vous parle&nbsp;&raquo;.</p></blockquote><p>Mais d&#8217;autres stratégies sont possibles : Free, dans un domaine où l&#8217;offre de service était loin d&#8217;être simple, à lancé un pavé dans la marre avec son offre simplissime indiquant un prix unique pour l&#8217;ensemble de leurs services de fournisseur d&#8217;accès à internet. Dans le domaine du logiciel également, Google annonce des tarifs pour les entreprises qui sont publics et se présentent sous la forme d&#8217;un prix unique par utilisateur comprenant tous les services. La mouvance des <em>low cost</em> joue également sur la clarté et la simplification de l&#8217;offre.</p><p>A toute tendance, sa<strong> contre-tendance</strong> : et dans la publicité, on voit tout de suite le positionnement de la marque sur ces questions d&#8217;offre tarifaire : soit la pub matraque son message en affichant la simplicité de son prix et de son offre (les pubs Free) soit la pub est décalée par rapport au produit, elle le sublime (type Air France) pour non seulement donner envie d&#8217;acheter mais également donner envie d&#8217;être prêt à le payer plus cher.</p> <span
class="post-twitter" ><a
href="http://twitter.com/home?status=Chez%20%40ChristianFaure%20%3A%20%22Le%20juste%20prix%22%20http%3A%2F%2Ftinyurl.com%2Fykfk7k8" title="Signaler sur Twitter" rel="nofollow" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/twitter.com/home?status=Chez_20_40ChristianFaure_20_3A_20_22Le_20juste_20prix_22_20http_3A_2F_2Ftinyurl.com_2Fykfk7k8&amp;referer=');">Signaler sur Twitter</a></span><p>Related posts:<ol><li><a
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isPermaLink="false">http://www.christian-faure.net/?p=1056</guid> <description><![CDATA[Le processus de grammatisation décrit par Sylvain Auroux n&#8217;est pas à proprement parler le même que celui dont se sert Bernard Stiegler. Chez Auroux, il représente la constitution de l&#8217;outillage grammatical (grammaires et dictionnaires) des langues vernaculaires à partir des travaux effectués par la tradition greco-latine : «Par grammatisation, on doit entendre le processus qui [...]
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style="text-align: left;">Le processus de grammatisation décrit par Sylvain Auroux n&#8217;est pas à proprement parler le même que celui dont se sert Bernard Stiegler.<br
/> <span
id="more-1056"></span><br
/> <img
class="alignleft" style="margin: 10px;" title="Grammatisation" src="http://www.christian-faure.net/wp-images/grammatisation.jpg" alt="" width="137" height="205" />Chez Auroux, il représente la constitution de l&#8217;<strong>outillage grammatical</strong> (grammaires et dictionnaires) des langues vernaculaires à partir des travaux effectués par la tradition greco-latine :</p><blockquote><p>«Par grammatisation, on doit entendre le processus qui conduit à décrire et à outiller une langue sur la base des deux technologies qui sont encore aujourd’hui les piliers de notre savoir métalinguistique: la grammaire et le dictionnaire.»</p></blockquote><p>Chez Stiegler, sans qu&#8217;il y ait pour autant contradiction avec l&#8217;acceptation d&#8217;Auroux, il s&#8217;agit plus du <strong>passage d&#8217;un continu temporel (d&#8217;un flux) à un discret spatial (un flux engrammé)</strong>, une forme fondamentale de l&#8217;extériorisation des flux dans ce qu&#8217;il nomme les rétentions tertiaires :</p><blockquote><p>&laquo;&nbsp;J’appelle grammatisation un processus dont la littération n’est qu’un moment. Non pas un moment parmi d’autres, puisqu’il rend possible la pensée de la grammatisation elle-même, mais un moment dans une tendance à la discrétisation du continu, supportée par ce que je nomme des rétentions tertiaires, et qui s’est aussi exportée dans les machines et les appareils.&nbsp;&raquo;</p></blockquote><p
style="text-align: left;">Avec Stiegler, le processus de grammatisation n&#8217;est plus seulement la grammatisation du language, <strong>c&#8217;est aussi celle des gestes</strong> : la machine outil qui remplace le geste de l&#8217;ouvrier est un événement qui s&#8217;inscrit pleinement dans le processus de grammatisation.<br
/> <img
class="aligncenter" style="margin-top: 10px; margin-bottom: 10px;" title="Machine Outil" src="http://www.si.ens-cachan.fr/ressource/r23/image/Machine%20UGV%20sans%20carter.jpg" alt="" width="221" height="254" /><br
/> Cette notion d&#8217;engrammage, du grec <em>en</em> (dans) et <em>gramma</em> (écriture), qui se place comme une condition de possibilité du processus de grammatisation compris comme littération, doit <strong>être portée à ses limites</strong>. Par exemple, en se demandant : <strong>est-ce que tout peut être grammatisé, engrammé ?</strong> Pour répondre à cette question il faut dévoiler des mécanismes de base du processus de grammatisation.</p><p>La grammatisation porte en elle une double tendance. Elle est à la fois :</p><ul
style="text-align: left;"><li
style="text-align: left;"><strong>analytique</strong> : elle distingue et elle découpe (par exemple les lettres de l&#8217;alphabet) ;</li><li><strong>synthétique</strong> : elle rassemble (par exemple dans des règles de grammaire).</li></ul><p
style="text-align: left;">Cette double tendance, comme principe moteur de la grammatisation, relève selon moi de l&#8217;<strong>algorithmie</strong>.</p><p
style="text-align: left;">Le devenir algorithmique désigne dès lors <strong>le mécanisme inexorable qui est à l&#8217;oeuvre dans l&#8217;ensemble des processus de grammatisation</strong>, celui-là même qui nous pousse vers une numérisation de plus en plus importante de notre monde.</p><p>Or qu&#8217;est ce qu&#8217;un algorithme ? L’algorithme, écrit Philippe Flajolet dans l’encyclopédie universalis, est</p><blockquote
style="text-align: left;"><p>«un schéma de calcul, sous forme d’une suite d’opérations élémentaires obéissant à un enchaînement déterminé».</p></blockquote><p
style="text-align: left;">Parler d&#8217;algorithme aujourd&#8217;hui, au XXI siècle,  c&#8217;est évidemment faire référence à un des derniers visages de la grammatisation et de l&#8217;engrammage qu&#8217;est la <strong>programmation informatique</strong>. Pourtant, la programmation n&#8217;épuise pas la question de l&#8217;algorithme, en ce sens que l&#8217;on ne programme que <strong>ce qui relève déjà du champ de l&#8217;algorithme</strong>.</p><p>A ce titre, on pourrait se demander si ce qui relève de l&#8217;algorithme n&#8217;est pas plus vaste que la définition mathématico-informatique qui lui est de nos jours systématiquement accolée. Ne peut-on pas affirmer, par exemple, que les activités suivantes relèvent de l&#8217;algorithmie :</p><ul
style="text-align: left;"><li>rédiger une recette de cuisine ;</li><li>un passant qui vous indique le chemin pour trouver un lieu précis ;</li><li>produire un mode d&#8217;emploi ou un guide d&#8217;utilisation ;</li><li>écrire une partition de musique ;</li><li>une interaction téléphonique avec une boîte vocale ;</li><li>élaborer un processus de fabrication ;</li><li>préparer et planifier ses vacances ;</li><li>etc.</li></ul><p><img
class="aligncenter" title="Recettes de cuisine" src="http://laboutiquedeoumsaad.unblog.fr/files/2008/03/photosdesrecettes05x3x148x143.jpg" alt="" width="517" height="311" /></p><div
style="text-align: center;">*</div><p
style="text-align: left;">Il y a un devenir algorithmique dans la mesure où celle-ci joue <strong>un rôle de plus en plus important et visible dans nos vies</strong>. Ainsi le devenir algorithmique s&#8217;inscrit jusque dans ces conversations commerciales que l&#8217;on nous impose au téléphone avec les télévendeurs ou téléconseillers :</p><blockquote
style="text-align: left;"><p>&laquo;&nbsp;La conversation avec le client doit être rapidement référée à un &laquo;&nbsp;script&nbsp;&raquo;, qui sera ensuite lu mot à mot par l&#8217;opérateur. Ce dernier peut-être sanctionné lorsqu&#8217;il &laquo;&nbsp;sort&nbsp;&raquo; du script, ne serait-ce que pour faire une réponse intelligente ou compationnelle à son client. Ainsi, les &laquo;&nbsp;amorces&nbsp;&raquo;, réponses aux questions et autres formules de civilités sont prévues en amont de la conversation. Les phrases sont &laquo;&nbsp;déclenchées en fonction de l&#8217;attitude du client ou de ses questions. Finalement ces scripts sont des manières de &laquo;&nbsp;tayloriser&nbsp;&raquo; la conversation : celle-ci est découpée en unités de base et exécutée.&nbsp;&raquo; Marie-Anne Dujarier, Le travail du consommateur, Ed. La décourverte, 2008, p.27.</p></blockquote><p
style="text-align: left;">Ce devenir algorithmique ne va pas sans poser un certain nombre de questions :</p><ul
style="text-align: left;"><li> tout d&#8217;abord il y a beaucoup de travail pour réévaluer l&#8217;impact et la généalogie de cette tendance et ceci de façon éminemment <strong>transdisciplinaire</strong> ;</li><li> ensuite parce que l&#8217;algorithmisation de nos vies pose un sérieux problème à l&#8217;<strong>économie libidinale</strong>. Comment en effet ne pas s&#8217;inquiéter si nos vies deviennent le fruit d&#8217;un &laquo;&nbsp;schéma de calcul (&#8230;) obéissant à un enchaînement déterminé&nbsp;&raquo; ?</li></ul><p
style="text-align: left;">Il me semble que la question du passage d&#8217;une <strong>économie de la consommation</strong> à une <strong>économie de la contribution</strong> ne pourra pas faire l&#8217;impasse d&#8217;un travail et d&#8217;une réflexion sur ce devenir algorithmique.</p> <span
class="post-twitter" ><a
href="http://twitter.com/home?status=Chez%20%40ChristianFaure%20%3A%20%22Le%20devenir%20algorithmique%22%20http%3A%2F%2Ftinyurl.com%2Fykz3odc" title="Signaler sur Twitter" rel="nofollow" onclick="pageTracker._trackPageview('/outgoing/twitter.com/home?status=Chez_20_40ChristianFaure_20_3A_20_22Le_20devenir_20algorithmique_22_20http_3A_2F_2Ftinyurl.com_2Fykz3odc&amp;referer=');">Signaler sur Twitter</a></span><p>Related posts:<ol><li><a
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